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CHAPITRE
VII
STALLES
I
HISTORIQUE.
De
temps immémorial, le chœur de la cathédrale d'Amiens
a été garni de stalles, et l'édifice qui a
précédé la cathédrale actuelle en possédait
déjà (1).
Celle-ci dut en être pourvue dès que l'office divin a
pu y être célébré (2). Il y avait déjà
des stalles hautes et des stalles basses (3).
Les stalles
tiennent d'ailleurs une trop grande place dans la liturgie catholique
pour que la cathédrale d'Amiens n'en ait pas de tout temps
possédé
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| Notes |
(1) 1190 : « Ut predicti sacerdotes stallum
in choro, vocem in capitulo... semper ibidem deserviant ». Érection
de deux prébendes sacerdotales dans la cath. d'Am. par l'évêque
Thibaut d'Heilly. Cartul du Chapit. d'Am., publ. dans Mém.
de la Soc. des Ant. De Pic., in-4°, t, XIV, p: 103. - Veille de
Pâques 1218, v. s. : «Precentor proximum stallum post
decanum, cantor proximum stallum post precentorem habebunt. Precentor
in superiori stallo canonicos installabit, cantor in. inferiori...
Magister vero scolarum proximum stallum juxta archidiaconum Ambianensem,
penitentiarius proximum juxta Pontivensem habebunt». Charte
de l'évêque Évrard de Fouilloy pour les dignités
de chantre, d'écolâtre et de pénitencier. Op.
cit., p. 197.
(2) De nombreux textes y font allusion. Ainsi le règlement
sur la police du choeur, du 5 avril 1233, v. s., prescrit, entre autres
choses, que ceux qui s'absenteront pour les affaires de l'église,
sur l'ordre du doyen ou de son lieutenant, « habeant portionem
quam haberent presentes in stallo ». Cartul. du Chapit. d'Am.,
publ. dans Mém. de la Soc. des Ant. de Pic., in-4°, t.
XIV, p. 282. - Mars 1260: « Cum non est acceptabile Deo servitium
quod ex corde non procedit.... statuimus ut capellani, cum presentes
in choro fuerint, cum mente devota cum aliis psallant, ne si muti
in stallo fuerint, effigiem statue représentent ». Arch.
de la Somme, (Évêché d'Am.) G 378; Chapit. d'Am.,
cartul. I. fol. 310.- Liber ordinarius de 1291 : « Ab uno puero
revestito juxta stallum », fol. 14. « Ab episcopo et decano,
cui defertur capa serica deaurata in stallo suo », fol. 67.
« Oratio.... ab ipso episcopo in stallo decani, sive a decano,
si celebret in stallo suo », fol. 230. « Sacerdos ebdomadarius,
indutus vestimentis sollempnibus, scilicet alba parata, cum diacono
et subdiacono.... cum processione stat ad aquilam in medio choro,
quos comitantur omnes subdiaconi de stallis suis excuntes »,
fol. 142 v°. « Ab uno in stallo suo », passim. - 26
sept. 1416 : « Jaque de la Crois et aultres sergens et officiers
desdits de chapitle avoyent pris Baulduin Vere, sergent de Chastelet,
ou cœur de ladicte église, entre la closture vers les
chaières et le grant autel ». Composit. entre l'évêque
Philibert de Saulx et le chapitre. Arch. de la Somme, Chapit. d'Am.,
Cartul VI, fol. 30 v°, et VII, fol. 32, - etc. - Cf. JOURDAIN
ET DUVAL, les Stalles, dans Mém. de la Soc. des Antiq. de Pic.,
t. VII, p. 110.
(3)1 1484., 18 déc. : « Mandaverunt sibi stallum in parte
dextra chory in sedibus bassis ». Récept. et install.
de Jean Lenglaché dans la prébende théobaldiennc
subdiaconale. Arch. de la Somme (Chapit. d'Am.), G. 912. |
p 147 |
pour placer ses dignitaires, ses quarante-trois
chanoines et ses soixante-douze chapelains, mais elles avaient dû
se ressentir de l'épuisement des ressources après
la construction de l'édifice; établies à la
hâte et avec économie, elles ne répondaient
sans doute pas à la splendeur du monument. Les malheurs des
XIV° et XV° siècles, les grandes dépenses
de réparations et d'entretien que la cathédrale avait
exigées, quelques autres travaux urgents, tels que l'achèvement
des tours, avaient fait conserver ces stalles quasi provisoires
pendant près de deux siècles et demi. Mais, depuis
la seconde moitié du XV° siècle, la paix et la
prospérité étaient revenues et avec elles le
goût pour les arts. Comme les autres, le chapitre d'Amiens
subit cette bienfaisante influence et entreprit de nombreux travaux
d'embellissements dans son église. Celui de la réfection
des stalles fut un des plus importants. II n'eut pas à aller
chercher au loin ses artistes; la ville d'Amiens lui en fournissait
toute une pléiade du plus incontestable mérite. Le
chef-d’œuvre de menuiserie et de sculpture qu'ils nous
ont laissé, en serait la preuve à lui seul.
Moins
heureuse que la cathédrale de Rouen et que d'autres, la cathédrale
d'Amiens n'a conservé ni ses délibérations
capitulaires ni ses comptes de fabrique, qui nous eussent renseignés
sur la construction des stalles et sur les ouvriers qui y ont travaillé.
Nous en sommes réduits aux quelques extraits très
incomplets, parfois peu précis et même discordants,
qu'en ont faits les auteurs anciens qui ont eu le bonheur de les
avoir entre les mains. De Court (1), Pagès (2), les manuscrits
510 (3) et 517 (4) de la bibliothèque d'Amiens, le manuscrit
de Machart à 1a même bibliothèque (5), les papiers
du chanoine Villeman, aux archives de la Somme, un recueil factice
intitulé Manuscrit de Riencourt et de Masclef (6), et le
P. Daire (7); tels sont les principaux auteurs de seconde main qui
nous apprennent quelque chose sur la construction des stalles.
Le chapitre
délégua quelques-uns de ses membres, Jean du Mas,
Jean Fabus, Pierre Waille et Jean Lenglaché, pour être
les directeurs et les inspecteurs de l'ouvrage; Pierre Waille et
Robert Lenglès, notaire du chapitre, furent en outre chargés
de faire la recette et dépense des deniers qui devaient y
être employés (8). Après l'achèvement
des travaux, en 1522, les comptes généraux ont été
rendus par-devant une commission composée d'Antoine de Rocourt,
Jean Fabus, Jean Favrin et Baudouin de Lagrenée, chanoines,
et du greffier Anglicy (9).
D'après
la plupart des auteurs (10), le travail commença le 3 juillet
1508, et pourtant ce ne serait qu'au mois de mai 1509 que le chapitre
aurait passé marché pour leur confection avec ARNOULD
BOULIN, hucher à Amiens (11).
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| Notes |
(1) Mémoires, Liv. III, chap. i.
(2) Mss. de Pagès, édit. Douchet, t. V, p. 443
(3) FOI. 8. Ce ms. ne mérite pas la même confiance que
les autres. Son auteur ne parait pas avoir vu les documents originaux.
(4) p. 39
(5) Ms. 836 (Machart, t. VIII) fol. 331 et 373
(6) Bibl. de M. Jean Masson, à Amiens.
(7) Hist. de la ville d'Am., t. II, p. 120.
(8) DE COURT, Mémoires, loc. cil. - Mss. de Pagès, édit.
Douchet, t. V, p. 448. - Ms. de Riencourt et de Masclef.
(9) Bibl. d'Am., ms. 517, P. 40.
(10) DE COURT, Mémoires, loc. cil. - Mss. de Pagès,
édit. Douchet, t. V, p. 447. - DAIRE, Hist. de la ville d'Am.,
t. II, P, 120. - Bibl. d'Am., ms. 836 (Machart, t. VIII), p. 331.-
Ms. de Riencourt et de Masclef.
(11) En 1516-1517, « Ernoul Boullin » et sa femme paient
35 s. 6 d. de droits seigneuriaux à la ville d'Amiens, pour
une maison achetée par eux à l'entrée de la rue
de Metz, moyennant 34 1. (Arch. de la ville d'Am., CC 94, fol. 169
v°).- En 1519-1520, « Ernoul Boullin » vend une, maison
et tènement à Amiens, rue Meliault Fournière,
aujourd'hui rue des Huchers (Ibid., CC 97, fol. 139 v°). Voilà
tout ce que j'ai pu recueillir sur ce personnage, encore sa qualité
de hucher n'y est-elle pas mentionnée, de sorte qu'il n'est
pas absolument certain, quoique très probable, que ce soit
de lui qu'il y est question. |
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| Arnould Boulin devait travailler conformément
au devis, et gagner 7 s. t. (1) par jour, y compris son serviteur
ou apprenti. Pour la conduite entière de l'ouvrage, on lui
accorda 12 écus par an, à 24 s. pour écu (2).
Le 10 septembre de la même année, ALEXANDRE HUET (3)
fut associé au premier, aux mêmes gages et conditions.
Les ouvriers gagnaient 3 s.. par jour (4). Le manuscrit de Riencourt
et de Masclef nous fait connaître les noms de trois serviteurs
d'Arnould Boulin. Je ne crois pas qu'ils aient jamais été
relevés : ils méritent d'être connus. C'étaient
LINARD LE CLERC; GUILLAUME QUENTIN et PIERRE MEURISSE (5).
Alexandre
Huet aurait, dit-on, exécuté le côté
droit des stalles, et Arnould Boulin le côté gauche
(6).
Pour
l'exécution de soixante-douze histoires des sellettes ou
miséricordes, il en aurait été fait marché
à part avec ANTOINE AVERNIER (7),
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| Notes |
(1) Est-il nécessaire de faire
observer qu'en 1508 le sol tournois représentait une valeur
relative de plus d'un franc de notre monnaie?
(2) De COURT, Mémoires Ive. Cil. - Ms. de Pages, édit.
Douchet, t. V, P. 447. - Bibl. d'Am., ms. 836 (Machart, t. VIII) p.
331. - DAIRF, Hist. de la ville d'Am., t. H, p. 12o. - Ms, de Riencourt
et de Masclef.
(3) Nous sommes mieux documentés sur Alexandre Huet. Le 7 décembre
1502, Alexandre Huet et Binet Roche, huchers, furent reçus
nouveaux bourgeois â Amiens (Arch. de la ville d'Am., CC 82,
fol. 62 v°). L'année suivante, Alexandre Huet était
égard des huchers d'Amiens. En compagnie des autres égards
de son métier, Louis de Louvencourt, Binet Roche et Jean Lerond,
il se rendit coupable envers la femme de Toussaint Lequien, aussi
hucher, de voies de fait si violentes, que l'infortunée, qui
était grosse, accoucha d'un enfant mort. Huet fut emprisonné
au Beffroi, les autres purent se réfugier à l'abbaye
de Saint-Jean (Échevin. du 19 nov. 1504; Arch. de la ville
d'Am. BB 20, fol. 69). On ignore la suite qu'eut cette affaire. Le
28 avril 1507, Alexandre Huet fut chargé par Alphonse Le Quieux,
abbé de Saint-Riquier, avec Adam Debellemes et Bernard Lebartier,
aussi ouvriers d'Amiens, d'exécuter seize stalles dans l'église
de cette abbaye. Elles « furent travaillées avec tant
de soin et d'habileté que, dans les provinces voisines on ne
pouvait rien voir de plus remarquable, de plus élégant,
de plus achevé ». (Continuat. de la Chron. de Saint-Riquier
par dom Cotron, publ. par ROZE, dans Bull. de la Soc. des Ant. de
Pic., t. X, 1870, P• 35.3)• Alexandre Huet payait une
rente à la ville d'Amiens, pour sept pieds de terre joints
à sa maison, rue Tapeplomb (Comptes de la ville d'Am.). Au
compte de la ville de 1544 (Arch. de la ville d'Am., CC 142, fol.
1 v"), l'article concernant ladite rente est ainsi libellé
: « De François Bullot, sayeteur, au lieu de Alexandre
Huet, pour sept piedz de terre joinctz à sa maison »,
etc. C'est la dernière mention que j'aie rencontrée
du personnage qui nous occupe, et cela pourrait bien marquer la date
de sa mort. En 1488, 1503 et 1508, un nommé Jean Huet de la
Neuville sous Oudeul vendit des bois au maître des ouvrages
de la ville d'Amiens (Arch. de la ville d'Am. CC 66, fol. 101; CC
81, fol. 30 v° et 31; CC 85, fol. 30 v°). Eut-il quelque lien.
de parenté avec Alexandre ?
(4) DE COURT, Mémoires, IOC. Cil. - Mss. de Pages, édit.
Douchet, t. V, P. 448. - Bibl. d'Am. ms. 836 (Machart, t. VIII), P.
331. - Ms. de Riencourt et de Masclef.
(5) « A Linard Le Clerc, Guillemin Quentin et Pierre Meurisse,
à raison de 3 s. par jour, chacun huchiers, et serviteurs dudit
Arnoul, et les autres de même ». Ms. de Riencourt et de
Masclef. - Les Quentin étaient une assez nombreuse famille
de huchers d’Amiens. Les comptes de la ville de la fin du XV°
siècle et du commencement du XVI° mentionnent les noms
de Laurent Quentin, de Guillaume Quentin et de Pasquier Quentin. Ce
dernier parait avoir été beaucoup plus fréquemment
employé que les autres.
(6) Arch. la Somme. Papiers du chan. Villeman. - Bibl. d'Amiens, ms.
517, p. 40. - Il s'agit de savoir ce que l'on entend par côté
droit et côté gauche. Il est probable que l'en prend
la droite et la gauche du spectateur. Nous constaterons en effet quelques
très légères différences entre les deux
côtés des stalles.
(7) Je n'ai pu jusqu'ici mettre la main sur aucun, document relatif
sur cet Antoine Avernier. Faut-il supposer avec Mgr Dehaisnes (L'Art
à Am., vers la fin. du moyen âge dans Revue de l'Art
Chrét., t. VIII, 1889), qu'il ne ferait qu'un seul et même
personnage avec Antoine Anquier ou Ancquier, dont nous avons parlé
ci-dessus (t. II pp. 11 et 87) et dont les auteurs de seconde main
qui nous renseignent sur les stalles auraient mal lu le nom ? Il est
certain, et nous aurons l'occasion de le constater, que l'imagerie
des stalles présente de grandes analogies, avec celle de la
seconde partie de l'histoire de saint Firmin dans la clôture
du chœur. Or nous avons vu qu'Antoine Anquier exécuta
la statue funéraire d'Adrien de Hénencourt qui fait
partie de cette seconde travée de la clôture, et qu'il
est assez vraisemblable qu'il est l'auteur de toute cette travée,
mais ce n'est pas absolument certain, et il n'est guère facile
d'admettre que tous les auteurs qui ont dépouillé les
registres du chapitre auraient également mal lu son nom. Mieux
vaut donc laisser la question indécise jusqu'à plus
ample informé. |
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p149
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tailleur d'images demeurant à Amiens, moyennant 32 s. la
pièce (1). Une note du manuscrit de Riencourt et de Masclef
laisse entrevoir que, d'après le marché primitif, le
dessous des miséricordes devait être simplement garni
« de feuillaige ou manequins et petis bestiaux et autre chose
à plaisance ». On se sera plus tard décidé
à en faire une suite de sujets bibliques, ce qui est d'ailleurs
assez rare.
Un seul
ouvrier, JEAN TRUPIN, ou plutôt Turpin (2), a voulu laisser
son nom à la postérité, en l'inscrivant par deux
fois sur les stalles mêmes (3). Son nom ne figurait sur les
registres du chapitre qu'à partir du mois de décembre
1516 : il n'était mentionné qu'entre les ouvriers, sous
les maîtres, et à raison de 3 s. par jour (4). Ce n'était
donc, qu'un simple ouvrier, et non le principal auteur des stalles
et le chef de l'entreprise, comme on ne cesse, maintenant encore,
de le répéter (5). On ne sait même s'il était
hucher ou tailleur d'images, car les auteurs qui ont relevé
son nom sur les registres du chapitre ont négligé d'indiquer
sous quel maître il travaillait. L'accoudoir 85-86 qui correspond
à une des parcloses sur lesquelles Trupin a écrit son
nom représente un imagier en train de sculpter une statuette
. on en a induit que c'était le portrait de l'ouvrier fait
par lui-même et qu'il avait par là révélé
sa profession. C'est assez vraisemblable, mais on ne peut l'affirmer
avec une certitude absolue.
Enfin
des pièces de procédure des environs de 1535, sur de
vieilles contestations entre l'évêque et le chapitre,
nous font encore connaître le nom
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| Notes |
(1) Bibl. d'Am., ms. 517, P. 40. - Arch.
de la Somme, papier du chan. Villeman.
(2) On connaît la propension très commune parmi le peuple,
et particulièrement en Picardie, à transposer les consonnes,
en disant, par exemple, « une blouque » pour une «
boucle ». - je n'ai trouvé aucun renseignement sur ce
Jean Turpin, mais le nom de Turpin ou Trupin est très commun
en Picardie et notamment à Amiens aux XV° et XVI° siècles.
Il y avait dans cette ville une famille de maçons de ce nom,
dont le plus ancien est un nommé Jean Turpin, dit l'Escuier
des naves : je l'ai rencontré dans les registres de la ville
de 1400 à 1435. Un autre Jean Turpin, manouvrier, fut envoyé
en 1486 comme pionnier au siège de Thérouanne où
il fut fait prisonnier, etc. (Arch. de la ville d'Am., BB 15, fol.
64 v°, et CC 1486-87, fol. 24). Jacques Turpin, maçon,
fut reçu bourgeois d'Amiens en 1487-88 (Arch. de la ville d'Am.,
CC 66, fol. 2 v°), etc. D'autres Turpin étaient aussi carriers
à Amiens, dans la seconde moitié du XV° siècle
: Joubert Turpin, Simon, son fils, Laurent Turpin, etc. (Comptes de
la ville d'Am., passim). Sire Godefroy Truppin était chapelain
de la cathédrale d'Am. en 1443-1444 (Arch. de la ville d'Am.,
CC 33, fol. 79 v°). D'un autre côté il y avait un
Jean Turpin, maçon à Péronne, qui fut plusieurs
fois consulté, de 1459 à 1465 pour des travaux à
faire à la cathédrale de Noyon (Regist. de la fabr.
de la cath. de Noyon aux Arch. de l'Oise. - QUICHERAT dans Revue des
Soc. Sao. 2° série, t. VIII, 1862, 2° sem. PP. 83,
84. - MATH0N, même rev., 3° série, t. III 1864, pp.
591 et 597. - E. LEFEVRE-PONTALIS, Ilist. de la cath. de Noyon, dans
Bibl. de l'École des Chartes t. LXI, 1900, pli. 132 et suiv.).
François Turpin, peintre, mourut à Rome en 1543. Jean
Turpin, artiste français, vivait dans cette, même ville
en 1592 (Dr MARSY dans le Cabinet histor. d'Artois et de Picardie,
1887, P. 265) Parmi les nombreux Jean Turpin dont j'ai rencontré
le nom dans les registres de la ville d'Amiens de la fin du XV°
siècle et du commencement du XVI°, pas un seul n'est qualifié
hucher ou tailleur d'images. Beaucoup, il est vrai, n'ont pas de profession
indiquée. Un Jean Turpin fut reçu bourgeois d'Amiens
en 1519-1520 (Arch. de la ville d'Am.. CC 97, fol. 132), mais à
cette époque il y avait un maître Jean Turpin, marchand
à Amiens. Est-ce lui ? (Arch. hospital. d'Am., Mémoires
d'Antoine Deschamps, maître de l'hôtel-Dieu, fol. 79 v°).
(3) Parcloses, 85-86 et 91-92.
(4) DE COUlT, foc. cit. - Mss. de Pagés, édit. Douchet,
t. V, p. 449. - Ms. de Riencourt et de Masclef.
(5) Il y a pourtant déjà bien longtemps que MM. Jourdain
et Duval ont rétabli très clairement les choses dans
la vérité (Les stalles de la cath. d'Am., dans Mém.
de la Soc. des Ant. de Pic., t. VII, p. 120). J'y suis revenu il y
a quelques années (L'ameublement civil au XVI° s. dans
les stalles de la cath. d'Am., dans Mém. de la Soc. des Ant.
de Pic., t. XXXI, p. 299), cela n'a pas empêché la plupart
des auteurs, et non des moindres (Viollet-le-Duc, Palustre, de Champeaux,
Courajod, etc.), de faire à Jean Trupin l'honneur d'avoir conçu
nos admirables stalles et d'en avoir conduit les travaux. Telle. est
la force des légendes. Puis-je me flatter d'avoir une bonne
fois détruit celle-là? J'ai peur que non. |
p 150 |
d'un ouvrier ayant travaillé aux stalles. Il y est question
d' « ung nommé BRETON, menuisier, besongnant aux
chaielles de l'église d'Amiens » (1).
En résumé,
des auteurs des stalles de la cathédrale d'Amiens, nous connaissons
en tout huit noms :
ARNOULD
BOULIN, hucher, et trois de ses serviteurs : LINARD LE CLERC, GUILLAUME
QUENTIN et PIERRE MEURISSE; ALEXANDRE HUET, aussi hucher; ANTOINE
AVERNIER, tailleur d'images; JEAN TRUPIN, probablement ouvrier tailleur
d'images, et BRETON, menuisier.
Il faut
y ajouter deux frères convers Cordeliers « habils
menuisiers », que l'on fit venir en 1510 « pour
travailler aux chaires et conduire l'ouvrage » (2).
Comme
le supposent avec raison MM. Jourdain et Duval (3), il devait y en
avoir beaucoup d'autres, à en juger par ce qui s'est passé
là où nous avons des renseignements plus complets, comme
par exemple à Rouen, mais leur modeste qualification d'ouvriers
ne les aura pas fait juger dignes d'être transmis à la
postérité par ceux qui ont pu consulter les documents
originaux. Ainsi on a bien su retrouver dans les registres du chapitre
le nom de Jean Trupin; de même on nous a fait connaître
le traité passé avec Antoine Avernier pour soixante-douze
sellettes, mais le reste, qui l'a fait ?
L'atelier
des ouvriers travaillant aux stalles était, paraît-il,
dans la salle de l'évêché (4). Il résulte
des pièces de procédure des environs de 1535 dont nous
venons de parler, qu'on y aurait aussi travaillé dans le cloître
de la cathédrale (5).
Le 5 novembre
1509, Arnould Boulin partit pour Beauvais et pour Saint-Riquier (6),
afin d'y voir les « chaires » des églises, et,
en juillet 1511, il fit un nouveau voyage, en compagnie d'Alexandre
Huet, pour voir celles de la cathédrale de Rouen (7). Les stalles
de Beauvais et de Saint-Riquier n'existant plus, nous ne pouvons savoir
quelle a pu être leur influence sur celles d'Amiens.
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| Notes |
(1) Arch. de la Somme (Chapit. d'Am.),
G. 656.
(2) « Le 28 juin 1510, on fait venir d'Abbeville deux Cordeliers,
frères convers, habils menuisiers, pour travailler aux chaires
et conduire l'ouvrage..... Au mois d'octobre 1510, pour avoir deffrayé
deux Cordeliers du couvent d'Abbeville, lesquels Mess. envoièrent
quère et faire à venir à Amiens, à veoir
l'ouvrage des chaielles, xx s. a. Ms. de Riencourt et de Masclef.
- DE COURT, loc. cil.
(3) Les Stalles, etc., dans Mémoires de la Société
des Antiquaires de Picardie, t. VII, in 8°., p. 121. - MM. Jourdain
et Duval ont aussi lu derrière les lambris des stalles, sur
la pierre du mur de clôture, le nom de Vincent Jacob, mais ils
font observer que l'absence de toute qualification ne permet pas d'affirmer
que ce soit celui d'un ouvrier (ibid.).
(4) DE COURT, loc. cil. - Mss. de Pages, édit. Douchet, t.
V, p. 448. - Ms. de Riencourt et de Masclef.
(5) e Ils (les doyen et chapitre) ont en ceste ville d'Amiens... et
entre autres leur appartient ung certain lieu que l'on nomme le Cloistre
Nostre-Dame, qui fait closture de le chimentiére de ladite
église Notre-Dame, auquel lieu ilz ont toute auctorité
et justice, tant en
espirituel que de temporel; et de ce joyr et y faire par eulx tous
actes et exploictz de justice, y establir menuysiers et autres ouvriers
à besongnier aux chaielles et autres ouvrages nécessaire
à repairier ladicte église Nostre-Dame, iceulx doien
et chappitre sont en bonne possession et saisine.... Ung nommé
Jehan de Coisy, soy disant appariteur de R. P. en Dieu Monseigneur
l'évesque d'Amiens, de sa vollunté indeue.... s'est
ingéré entrer èsdis cloistres.... et illec cité
et admonesté un nommé Breston, menuysier, besongnant
ausdites chaielles ». - « Item, une doléance contre
Jehan de Coisy, appariteur, pour avoir cité ou admonesté
de par ledit R., (François de Halluin, évéque
d'Amiens)' ung nommé Breton, menuisier, besongnant aux chaielles
de l'église d'Amiens aux cloistres près le chimentiére,
auquel lieu ledit R. n'a juridiction aucune, mais appartient ausdits
de chapitie, et ce, sans la licence desdits de chapitie ». Arch.
de la Somme (Chapit. d'Am.), G 656
(6) Nous venons de voir (Voy. ci-dessus, t. II, p. 149, note 3) que
les stalles de Saint-Riquier avaient été commencées
en 1507, précisément par Alexandre Huet et deux autres
ouvriers d'Amiens et qu'elles passaient pour fort belles.
(7) DE COURT. lac. cil. - Mss. de Pagès, édit Douchet,
t. V, p, 448. - Le ms. de Riencourt et de Masclef dit 15 ro. |
p 151 |
Quant à celles de la cathédrale de Rouen, il en reste
assez pour nous faire voir qu'elle a dû être à
peu près nulle : à peine nos menuisiers en ont-ils rapporté
quelques sujets de fantaisie, mais encore les ont-ils traités
avec infiniment plus de savoir, de finesse et d'esprit (1).
La plus
grande partie des bois provenait de la Neuville en Hez, d'autres des
censés du chapitre. On fit aussi venir du « bois d'Illande
» (2) d'Abbeville et de Saint-Valéry (3).
Le total
de la dépense s'éleva à 9.488 livres, 11 sols,
3 deniers, obole (4), dont la plus grande partie fut fournie par les
offices de la fabrique et des marances et le reste par des dons volontaires
(5). Le chanoine Robert de Cocquerel donna du bois, et le préchantre,
un chêne (6). A ce propos, De Court et Pagès (7) observent
que, si les armes d'Adrien de Hénencourt, alors doyen du chapitre,
ont été sculptées dans les stalles, ce n'est
pas à dire qu'il y ait beaucoup plus contribué que les
autres chanoines.
De l'évêque
François de Halluin, il n'est aucunement question parmi les
donateurs dont les noms nous ont été conservés,
et il y a tout lieu de croire qu'il a dû rester en dehors de
l'entreprise. Ce n'est pas que son goût pour la chasse et les
plaisirs l'ait fait se désintéresser de sa cathédrale,
mais on s'explique assez bien qu'il ne se soit pas cru obligé
de contribuer à la construction d'un meuble où il n'était
admis à prendre place que dans une simple stalle, presque par
tolérance, et en quittant ses insignes épiscopaux, alors
qu'aux fêtes solennelles, en son absence il est vrai, le doyen
se prélassait au lieu le plus honorable.
A peu
près en même temps que les stalles, on fit une clôture
pour séparer le chœur du sanctuaire, et, en 1522, des
lutrins pour les chantres, le tout exécuté par Arnould
Boulin et Alexandre Huet (8).
La plupart
des auteurs qui ont eu les registres du chapitre sous les yeux assignent
l'année 1519 comme date de l'achèvement des stalles
(9). Seuls, le
|
| Notes |
(1) Les stalles de la cathédrale
de Rouen ont été faites de 1457 à 1469. Il n'en
reste que de faibles débris, mais qui suffisent pour montrer
à quel degré elles étaient inférieures
à celles d'Amiens.
(2) Sur le bois ou bort d'lllande, voy. ce mot dans
GAY, Gloss. Archéol. - L. DE LABORDE, Gloss. franç.
du moyen âge, etc.
(3) Mss. de Pages, édit. Douchet, t. V, p. 449. - Ms. de Riencourt
et de Masclef.
(4) Viollet-le-Duc a calculé qu'elles auraient coûté
de son temps plus de 5oo.ooo fr. (Dict. d'archit., t. VIII, P. 465).
Ce chiffre serait dépassé aujourd'hui.
(5) « La despence a esté faite par l'office des marances,
des deniers du chapitre, et par la contribution volontaire de plusieurs
chanoines, arrêtée le 27 mars 1510, sçavoir :
MM, Dhénencourt, doien, 100 l. ; Dumas, prévost, 50
l.; Briois, archidiacre de Ponthieu, son demi gros d'une année
; Delaforge, pénitencier, 10 l. ; Beauvais, c solidos, Aux
Cousteaux, 80 l., de Cocquerel, outre d'autres dons, 20 l.. â
condition que l'ouvrage se poursuivra sans délay ; J. Dumas,
30 l. en 3 ans ; Fabus, 16 l.; de Rocourt, 10 l.; de Wisques, 20 l.;
Witz, 10 l.; de Belleval, 20 l.; Waille, 10 l.; Lenglacé, 20
l.; de Bouflers, 40 l. ; Le Borgne, c solidos, le chancelier Le Clerc
100 l.; Le Clerc, ancien archidiacre d'Amiens, 120 l. ». Ms.
de Riencourt et de Masclef. - DE COURT, loc. cil. - Mss. de Pagès,
édit. Douchet, t. V. p. 448. - DAIRE, Hist. de la ville d'Am.,
t. 11, p. 120.
(6) Ms. de Riencourt et de Masclef.
(7) Loc. cit.
(8) « La closture du choeur de Nostre-Dame, qui sépare
le sanctuaire, a esté faite en même temps que les chaires.
Les lutrains des chantres pareillement, tant dès costés
que du milieu du choeur, en l'année 1522, par les maîtres
Alexandre Huet et Antoine du (sic) Boulin, menuisier, ce qui a esté
compris dans la somme de. 11.230 l. 5 s. a quoy monte toutte (blanc)
.. Bibl. d'Am., ms. 517, p. 40. - Arch. de la Somme, papiers du chan.
Villeman.
(9) DE COURT, loc. cil. - Mss. de Pages, édit Douchet, t. V,
p. 449: - Ms. de Riencourt et de Masclef. - DAIRE, Hist. de la ville
d'Am., t. II, p. 120. - Bibl. d'Am., ms. 510, loc. cit. |
p 152 |
manuscrit 517 de la Bibliothèque d'Amiens (1) et les notes
du chanoine Villeman en reculent la date à la Saint Jean-Baptiste
1522. Il est probable que, comme il l'a fait pour le prix total (2),
l'auteur du manuscrit 517 a pris pour date extrême celle de
l'achèvement de la clôture du sanctuaire et des lutrins,
tandis que les autres s'en sont tenus à la date de l'achèvement
des stalles seules (3).
Le 16
mai 1615 (4) ce magnifique ouvrage faillit être détruit.
« Le feu prit à la piramide qui est proche la petite
orloge, par la négligence d'un des sonneurs qui couche la nuit
en cet endroit pour la garde de l'église, et qui s'étoit
endormi sans éteindre sa chandelle. Le domage auroit été
grand, sans le secours du peuple, toujours prompt et officieux en
pareilles occasions, qui y accourut en grand nombre. Ce qui avoit
été brûlé fut réparé par
une autre piramide qui venoit de ce qu'on appelle en cette ville un
may. Il convint si bien qu'il n'y parut pas » (5). MM. Jourdain
et Duval n'ont pas paru prendre garde à la dernière
phrase de ce texte de De Court (6), car ils disent tout simplement
que : « le dommage ne parut pas assez grave à l'évêque
et au chapitre pour exiger une réparation complète :
on se contenta de rajuster tant bien que mal la pyramide sur ses pieds
droits à demi brûlés, comme on les voit encore,
sans prendre même le soin de la replacer sur ses bases naturelles,
de sorte que la statuette qui la surmonte tourne actuellement le dos
au sanctuaire, au lieu de le regarder en face, ainsi que le font les
personnages correspondants des trois autres aiguilles » (7)
Mais en y regardant de près on s'aperçoit facilement
que, sur la base à demi consumée de l'ancienne, on a
posé une pyramide en bois sculpté de même façon,
sans doute, mais qui présente avec les trois autres d'assez
notables différences : elle est à cinq pans tandis que
la base de l'ancienne flèche, comme d'ailleurs celle des trois
autres, n'en a que quatre, et de plus, alors que la base est à
demi carbonisée, cette partie rapportée ne porte pas
la moindre trace de feu. Il faut remarquer au surplus que la pyramide
de l'autre côté est surmontée d'une statuette
de saint Paul, qui, suivant les règles de l'iconographie la
plus élémentaire, devrait avoir saint Pierre pour pendant,
tandis qu'ici, nous avons un saint Michel. Cet accouplement un peu
insolite de saint Paul avec saint Michel n'a pas laissé que
d'embarrasser MM. Jourdain et Duval (8), qui en ont fait le thème
d'une dissertation fort savante, trop savante pour un ensemble iconographique
aussi peu profond et aussi terre à terre que l'est généralement
celui de nos stalles. Il n'est donc pas douteux que cette flèche
n'ait été entièrement consumée, et qu'elle
n'ait été remplacée par le couronnement d'un
mai de procession de la même époque.
|
| Notes |
(4) Ou plutôt dans la nuit du 15
au 16.
(5) DE COURT, loc. cil. - Voy. aussi Mss. de Pagès, édit.
Doucher, t. V., p. 449- - Bibl. d'Am. ms. 836, (Machart, t. VIII),
p. 331. - Bibl. d'Am. ms. 517, p. 216.
(6) Voy. aussi Pagès et le ms. de Machart, loc. cil.
(7) Mém. de la Soc. des Antiq. de Pic. t. VII, in-8",
p. 130.
(8) Op. cit., p. 345. 20 |
p 153 |
Ce mai est d'ailleurs fort beau et d'une sculpture aussi délicate
que celle des stalles. Nous avons vu (1) qu'au XVIII° siècle,
pour élargir l'entrée du chœur, on avait enlevé
à droite et à gauche de cette entrée, quatre
stalles hautes et quatre stalles basses, en tout huit. La suppression
ne se fit que sur des stalles ordinaires, et l'on se borna à
déplacer les deux maîtresses stalles et à les
rapprocher de celles qui furent conservées (2).
MM. Jourdain
et Duval pensent avec raison qu'à une époque qu'on ne
saurait préciser, une stalle basse de chaque côté,
près des entrées latérales du chœur a été
supprimée et que le passage se trouvait jadis parallèle
aux stalles hautes, et non perpendiculaire comme aujourd'hui. La rampe
se trouvait sur le prolongement de la jouée des stalles hautes.
Il en est résulté que la dernière haute stalle
de ce côté manque d'appui devant elle. On s'aperçoit
fort bien de cette suppression au raccord de la rampe avec le dossier.
Il est d'ailleurs évident que l'arcature en bois ornée
de deux anges tenant des écussons aux armes du chapitre et
datée de 1521 a été rajustée après
coup pour clore le passage aux stalles hautes, mais qu'elle ne fait
pas partie de l’œuvre primitive : elle est loin d'en
avoir la finesse d'exécution. Nous avons vu que cette arcature
provient très probablement dé l'ancienne balustrade
de bois sculpté qui séparait le chœur du sanctuaire,
et qui fut supprimée en 1689. Il est assez vraisemblable que
c'est à cette époque qu'aura été faite
dans les stalles la modification dont nous parlons (3). D'un autre
côté, l'usure très prononcée qui se remarque
sur les sculptures de la rampe des stalles basses de ce côté,
montre qu'elle s'est trouvée longtemps sans protection et exposée
au frottement des gens qui, pendant les offices, se pressaient entre
les stalles et le sanctuaire. Il en est de même aux bas-reliefs
inférieurs des jouées des stalles hautes (4).
Nous ignorons
ce qu'on a fait des débris des stalles ainsi supprimées
Gilbert (5) prétend qu'ils ont été mis en dépôt
dans la chapelle des Macchabées; toujours est-il qu'il n'en
reste plus trace (6).
|
| Notes |
(1) Voy. ci-dessus, t. II, p. 62.
(2) Rivoire (Descript. de l'église cath. d'Am., p. 159) dit
que la suppression frappa sur les deux stalles qui avoisinent les
angles, afin de pouvoir conserver les deux grandes pyramides à
droite et à gauche de la porte. En effet, les museaux des accoudoirs
sont assemblés dans une longue pièce de bois horizontale
dans laquelle sont pris tous les raccords, de sorte qu'une partie
des moulures et surtout des sculptures qui ornent la tranche du museau,
et qui ont du être faits après la pose, se prolongent
jusque sur la grande pièce de bois ; c'est donc en s'assurant
si ce raccord est exact ou non, que l'on verra quelles ont été
les stalles supprimées. Or dans les stalles hautes le mauvais
raccord se trouve entre les stalles 3 et 4, d'une part, et entre les
stalles 59 et 60, de l'autre. Mais dans les stalles basses où
il n'y avait rien de tel à conserver, le mauvais raccord se
fait des deux côtés contre la rampe elle-même,
de sorte que la, ce sont bien les deux premières stalles de.
chaque côté qui ont été enlevées,
et la rampe repoussée contre les autres.
(3). Voy. ci-dessus, t. II, p. 31
(4) MM. Jourdain et Duval ont aussi cité à l'appui de
ce fait un ancien dessin d'une partie des stalles, conservé
aux archives de la Somme, fonds du chapitre d'Amiens, et qui a été
exécuté pour servir au procès entre l'évêque
François Lefèvre de Caumartin et le chapitre au sujet
du siège épiscopal dans les stalles (Arch. de la Somme,
(Chapit. d'Am.), G. 661). Mais ce dessin qui, par parenthèse,
est daté de 1654 et non de 1642, est trop sommairement exécuté
pour fournir quelques renseignements; il n'a d'intérêt
que parce qu'il figure le siège épiscopal avec son dais
de drap d'or, tel que François Lefèvre de Caumartin
l'avait fait établir.
(5) Descr. de l'église cath. N.-D, d'Am., p. 237.
(6) Il y en avait encore trois panneaux aux archives de la cathédrale
en 1814. Ils furent alors donnés comme modèles à
l'ouvrier chargé de refaire les fleurs de lis des dossiers
(Arch. de la fabr. de la cath. d'Am. Reg. aux délibér.
Séance du 18 déc. 1814.). - Suivant une note des mss.
de Goze (Bibl. d'Am., ms. 818), on aurait donné ces débris
à un amateur de la ville, et un vicaire ayant eu besoin d'une
cloison dans ses appartements, aurait pris des colonnettes des stalles
ainsi supprimées et les aurait dégrossies avec une serpe
pour qu'on pût y clouer les lattes. Nous ne savons où
Goze a puisé ce renseignement. - C'est par erreur que le Bulletin
de la Soc. des Ant. de Pic. (t. III. p. 217), a mentionné comme
provenant des stalles de la cathédrale d'Amiens, des fragments
de sculpture sur bois donnés en 1848 par l'abbé E. Jourdain
au musée d'Amiens : ces sculptures ne s'y rapportent ni par
leur style ni par leurs sujets. |
p 154 |
L'ancien
chapitre prit toujours grand soin de ses stalles, dont il était
justement fier (1). Nous avons vu (2) qu'au XVIII° siècle,
il avait résisté aux sollicitations de Laugier qui l'exhortait
à les supprimer, pour mieux dégager l’édifice.
En 1682, alors que l'on posait des tentures dans la cathédrale
pour le service de la duchesse de Chaumes, les chanoines avaient prié
« MM. les maistres de fabrique et de marance de tenir la main
à ce que leur église et leurs chaires ne soient endommagées,
et de ne pas souffrir qu'il soit frappé aucuns clous à
leursdites chaires » (3). Le suisse était chargé
de les frotter de temps à autre (4).
Sous l'ancien
régime, les chanoines occupaient les stalles hautes et les
chapelains, les stalles basses. Les stalles hautes à droite
et à gauche de l'entrée du chœur, faisant face
à l'autel, étaient réservées aux dignités
: doyen, prévôt, chancelier, préchantre et chantre
(5). Les jours de grandes solennités, lorsque le doyen officiait
en l'absence de l'évêque, il se plaçait dans la
maîtresse stalle à droite en entrant dans le chœur
(n° 1). On étendait alors devant lui sur la stalle basse,
un tapis jaune, long de cinq quartiers et demi et large de trois quartiers,
aune de Paris. En temps ordinaire, il prenait la stalle voisine (n°
2) et la maîtresse stalle demeurait inoccupée (6). L'autre
maîtresse stalle (n° 56) était la stalle du Roi.
Les gouverneurs ou commandants pour le Roi y prenaient séance
(7).
L'évêque
n'avait pas de place marquée dans les stalles. Il avait sa
chaire dans le sanctuaire (8) mais il ne l'occupait que lorsqu'il
officiait. Les jours où il n'officiait pas, s'il voulait assister
à l'office, il n'avait à sa disposition que la stalle
du trésorier, parce que la trésorerie avait été
unie à l'évêché en 1149. C'était
une simple stalle, celle qui porte le no 84 de notre plan. Un jour
l'évêque François Lefèvre de Caumartin
fit enlever la séparation entre cette stalle et la voisine
(no 85), pour, dans l'espace ainsi élargi, se faire mettre
un siège plus honorable : d'où procès interminable
(9) qui, arrêté pendant l'épiscopat de François
Faure, reprit sous son successeur Pierre Sabatier. On ne sait exactement
quelle en fut l'issue (10).
Depuis
le Concordat, la plupart des évêques d'Amiens, sauf quelques
exceptions, ont occupé la maîtresse stalle n° 1,
lorsqu'ils n'officiaient pas (11),. l'autre étant réservée
pour. les évêques étrangers lorsqu'il s'en trouve.
|
| Notes |
(1) La date de leur construction était
rappelée sur la table du cierge pascal: « Anno.... ab
exstructis novis in choro cathedris... » Suppl. aux mss. de
Pages, édit. Douchet, p. 149.
(2) Voy. ci-dessus. t. I. p. 91.
(3) Arch. de la Somme, Chapit. d'Am.. Délib. capit. du 24 avril
1682.
(4) 1757 « En avril, j'ai fourni au suisse de la cathédrale
une demye douzaine de torchons de forte toile neuve. pour frotter
les stalles du chœur ». Arch. de la Somme. Chapit. d'Am.,
Comptes de la fabrique. – Le chapitre actuel prit aussi plusieurs
décisions conservatoires des stalles, mais qui n'ont pas toujours
été scrupuleusement observées. Voy. ms. de Baron.
édit. Soyez, p. 128.
(5) Bibl. d'Am , ms. 836 (Machart, t. VIII). p. 331.
(6) Mss. de Pages. édit. Douchet, t. V. p. 444. - Bibl. d'Am..
ms. 517, p. 54.
(7) Ms. de Baron. édit. Soyez. p. 127.
(8) Voy. ci-dessus. t. II. p. 52.
(9) Cette affaire se rattache aux efforts faits par l'évêque
François Lefévre de Caumartin pour introduire le Cérémonial
des évêques dans sa cathédrale, innovation qui
fut vivement combattue par le chapitre. (Voy. Arch. de la Somme. G.
659. 66o. 661).
(10) Arch. de la Somme (Chapit. d'Am.). G. 661 et 666. Nous ne pouvons
entrer dans les détails de ce procès. d'ailleurs assez
curieux. niais comme il y en avait tant sous l'ancien régime.
- Voy. ci-dessus, t. II. p. 154, note 4.
(11) Voy. Ms. de Baron, édit. Soyez. p. 130. |
p 155 |
Comme
nous le verrons plus loin, un semis de fleurs de lis ornait jadis
le fond des dossiers des stalles. A l'époque de la Révolution,
ces fleurs de lis ont été enlevées, puis rétablies
dès le retour de Louis XVIII, en 1814. Ce travail exécuté
par les frères Duthoit aux frais d'un anonyme (1), fut interrompu
pendant les Cent Jours, puis repris au mois de septembre 1815 (2).
Nous avons dit ailleurs comment, en 1831, elles furent une seconde
fois supprimées (3).
Sous le
premier empire, un essai de vernis, qui, fort heureusement, n'a pas
été continué, fut tenté sur les stalles.
On en voit encore des traces à la base de la jouée de
la stalle 31.
Pendant
une nuit de mars 1839, alors que l'on faisait dans le chœur de
la cathédrale les préparatifs de l'inhumation de Mgr
de Gallien de Chabons, évêque démissionnaire d'Amiens
(4), d'audacieux malfaiteurs dérobèrent plusieurs groupes
de statuettes qui remplissaient les niches garnissant les montants
des stalles maîtresses. Plus de quarante statuettes auraient
ainsi disparu (5); mais écoutons MM. Jourdain et Duval contemporains
des faits : « A l'aide d'une parfaite connaissance des lieux,
d'un coup d'œil sûr jeté à l'avance, et sans
doute aussi d'une main exercée, les audacieux déprédateurs
s'emparèrent, sans aucun dommage pour les parties voisines,
de toutes les statuettes qui ne tenaient à la boiserie que
par des chevilles. Dès le lendemain, les plaintes éclatèrent,
la justice informa; mais ce zèle lui-même, en donnant
à l'événement une publicité inévitable
quoique toujours trop prompte en pareille circonstance, n'amena qu'un
résultat opposé à celui qu'on avait en vue. L'éveil
était donné, les détenteurs avertis, et les objets
volés devenus, par le besoin de les cacher et peut-être
même de les détruire, désormais impossibles à
recouvrer » (6). Depuis ce temps, on n'en a jamais retrouvé
la trace.
En 1847,
l'architecte anglais Barry, chargé de la reconstruction des
salles du Parlement à Londres fut autorisé à
prendre des moulages « de quelques boiseries de la cathédrale
d'Amiens » (7). Avec un sans-gêne peu scrupuleux,
Barry s'était mis en devoir d'user de cette permission en faisant
entreprendre par Pugin un moulage complet des stalles. Une telle opération
pleine de dangers pour un monument dont certaines parties sont d'une
délicatesse infinie, souleva de la part de la Société
des Antiquaires de Picardie de si vives protestations, qu'il fallut
bien l'interrompre (8).
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| Notes |
(1) JOURDAIN ET DUVAL, dans Mém.
de la Soc. des Antiq. de Pic. t. VII, p. 140. - Arch. de la fabr.
de la cath. d'Am., Reg. aux délib., séance (lu 18 déc.
1814.
(2) Arch. de la fabr. de la cath. d'Am., Reg. aux délib., séance
du 3 sept. 1815.
(3) Voy. ci-dessus, t. I, p. 165.
(4) L'inhumation de Mgr de Chabons eut lieu le 15 mars 1839.
(5) Goze, Églises, Châteaux, Beffrois, t. II, P. 21.
(6) JOURDAIN ET DUVAL, dans Mém. de la Soc. des Antiq. de Pic.
t. VII, P. 141. - Voy. aussi la Gazette de Picardie du 2o mars et
la Sentinelle Picarde du 23 mars 1839.
(7) Lettre du ministre de la justice au préfet de la Somme,
du 21 août 1847. Arch. de la Somme, série V, Edif. diocés.
(8) Rapport adressé à cette occasion par la Société
des Antiquaires de Picardie au préfet de la Somme et à
l'évêque d'Amiens, dans Bullet. de la Soc. des Antiq.
de Pic., t. III, 1847-1849, P. 137. |
p 156 |
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