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CHAPITRE
VII
STALLES
II
DESCRIPTION.
Histoire de la Vierge
Jouées A à F
| Histoire
de la Vierge Marie.
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Nous
nous rappelons que l'histoire de la Vierge Marie est disposée
dans les bas-reliefs sculptés à la partie inférieure
des jouées des deux maîtresses stalles sur leur dorsal
et sur les rampes qui terminent les stalles basses aux. extrémités
et dans les passages.
MAITRESSE
STALLE, I (pl. LXXVII, en Y). – Jouée A 1. – Comme
l'histoire du Christ, celle de la Vierge Marie commence à sa
conception. Elle remonte même plus haut que sa conception matérielle
dans le sein de sainte Anne. On sait que de très bonne heure,
les Pères ont appliqué à Marie, à sa maternité
virginale et à toutes les faveurs spirituelles qu'ils se sont
plus à lui reconnaître en conséquence de sa haute
dignité de mère de Dieu, les images les plus poétiques
que l'Écriture Sainte prodigué à la Sagesse divine
et à l'Épouse des Cantiques. Ces délicieuses
métaphores, d'une richesse tout orientale, ont passé
dans la liturgie, et l'office des fêtes de la Sainte-Vierge
en est presque exclusivement composé. Déjà nous
avons rencontré au XIII° siècle, dans |
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l'imagerie du grand portail (1), des allusions que nous
allons retrouver. Mais nos artistes du XVI° siècle, ou
plutôt ceux qui leur ont donné leur programme, ont mis
en tête de l'histoire de Marie, dans le bas-relief qui occupe
la partie inférieure de la jouée de la première
stalle, une représentation symbolique qui avait alors une très
grande vogue.
« Le
Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies,
avant qu'il créât aucune chose au commencement. J'ai
été établie dès l'éternité
et de toute antiquité... Les abîmes n'étaient
pas encore, et j'étais déjà conçue; l'eau
des fontaines n'avait pas encore jailli; la pesante masse des montagnes
ne s'était pas encore assise..... Lorsqu'il préparait
les cieux, j'étais là », etc. (2). C'est
par ces paroles du livre des Proverbes que l'on a voulu marquer la
prédestination de Marie, sa conception, pour ainsi dire, dans
les desseins éternels de Dieu.
Depuis
le XV° siècle on avait pris l'habitude de figurer cette
prédestination éternelle de Marie en représentant
la Vierge, seule au milieu d'attributs tirés des. métaphores
de l'Ancien Testament qui convenaient le mieux pour symboliser non
seulement sa maternité virginale, mais encore et surtout son
immaculée conception, déjà depuis longtemps l'objet
d'une croyance très répandue, bien avant que Pie IX
ne l'ait définie comme dogme en 1854 (3).
La représentation
que nous allons décrire ne diffère pas des autres, si
nombreuses, du même genre. Sur un nuage qui occupe tout le bas
de la composition, Marie est debout, les mains jointes, sans l'Enfant
Jésus. Elle est chaussée de sandales et porte une robe
de dessous tombant à la cheville. Par dessus est une autre
robe beaucoup plus longue qu'elle retrousse fort élégamment
sur son bras gauche, de manière à laisser voir la première.
Un peu plus bas que la taille est une courroie attachée par
une boucle. Elle est nu-tête, sa chevelure tombant en longues
tresses sur ses épaules (4). L'ensemble de la figure et des
draperies est fort gracieux ; mais le visage, d'après ce qui
en reste (5), paraît avoir été assez banal. Autour
d'elle sont rangés les emblèmes, placés sur des
nuages et accompagnés chacun d'une banderole sur laquelle devait
être inscrit le texte de l'Écriture s'y rapportant, mais
qui est restée muette. On peut facilement y suppléer
au moyen des monuments similaires, et notamment des estampes qui,
dans les Heures de Simon Vostre accompagnent
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| Notes |
(1) Voy. ci-dessus, t. I, p. 388
(2) « Dominus possedit me in initio viarum suarum, antequam
quidquam faceret a principio..... Nondum erant abyssi et ego jam concepta
cran; necdum fontes aquarum eruperant, necdum montes gravi mole constiterant......
Quando praeparabat coelos, aderam », etc. Prov., VIII, 22 et
seq. - Dans le missel romain actuel, ce passage du livre des Proverbes
sert d'épître aux fêtes de l'Immaculée Conception
et de la Nativité de la Sainte-Vierge. – Une gravure
du XVI° s. publiée par l'abbé Crosnier (Bull. monum.,
t. XXIII, p. 70) représente sainte Anne ayant dans son sein
la Vierge Marie, qui porte elle-même l'Enfant Jésus dans
ses flancs. Elle est entourée des mêmes attributs que
ceux que nous allons décrire. La gravure a pour légende
« Necdum erant abyssi et ego jam concepta eram ».
(3) Ce n'est pas, croyons-nous, par une circonstance fortuite que
nous avons vu dans la partie haute de la même jouée Marie
dominer dans sa gloire la scène de la faute d'Adam et d'Ève.
(4) Rappelons qu'au moyen âge, la coiffure en cheveux était
un signe de virginité. Les femmes mariées et les filles
prostituées avaient la tête couverte. Les jeunes filles
se mettaient en cheveux pour se marier; mais il fallait qu'elles fussent
vierges. « Pour paroles injurieuses qu'on lui imposait (à
une femme) avoir dites à une nommée Buion, fille d'une
merchière..... lequele Buion avoit dit que la fille dont on
faisoit la feste pour son mariage....., n'estoit pas bonne fille et
ne deveroit pas aller en cheveux à l'église à
sondict mariage ». Échevin. du 19 avril 1456. Arch. de
la ville d'Am., B13 8, fol. 23 v°. – Nous verrons que la
Vierge Marie dans la scène des fiançailles et que la
mariée des Noces de Cana sont aussi en cheveux.
(5) Le visage et les mains de la Vierge sont usés par le frottement. |
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l'office de la Conception, et sur lesquelles notre bas-relief
parait avoir été copié. Elles nous fourniront
les textes qui nous manquent (1).
En bas
et à la droite de Marie, un petit jardin entièrement
entouré d'une palissade en treillis, et divisé en quatre
carrés par deux allées, est l' « Hortus
conclusus » (2), symbolisant dans Marie la double
qualité de mère et de vierge.
Un peu plus haut, et tout à côté de la Vierge,
une branche fleurie (3) autour de laquelle la banderole est enroulée,
rappelle la verge fleurie de Jessé. « Virga
Jesse floruit » (4).
A côté
est le puits d'eaux vives, qui, avec la fontaine que nous allons rencontrer,
symbolise l'abondance des grâces dont Marie fut comblée.
« Puteus aquarum viventium » (5). C'est
un charmant puits adossé à une maison, comme il s'en
faisait beaucoup au commencement du XVI° siècle. La margelle,
qui est carrée à pans coupés, est ornée
de moulures. La poulie, à laquelle une seille de bois pend
par une corde, est abritée par un joli appentis ou « huvrelas »
en charpente, à double rampant et couvert en tuiles. C'est
un charmant petit modèle de ces puits comme il y en avait tant
alors dans Amiens.
Entre le puits
et le bord du bas-relief, s'élève un arbre autour duquel
est enroulée la banderole qui devrait porter l'inscription
: « Exaltata cedrus » (6). On s'aperçoit
que nos artistes occidentaux n'avaient jamais vu de cèdre.
C'est un arbre quelconque, dont les feuilles ressemblent à
peu près à celles du pommier.
Plus haut,
est une branche de rosier avec ses fleurs, qui sont doubles, ses boutons.
et ses feuilles. « Plantatio rose »
(7).
Près
de la tête de la Vierge, et à sa droite, se dresse une
porte de ville fermée. La baie est en plein cintre, flanquée
de deux tourelles cylindriques dont les combles ont la forme de petits
dômes et sont couverts de tuiles arrondies (8). En haut, règne
une suite de créneaux et de mâchicoulis, au-dessus desquels
s'élève un pignon qui est percé de petites fenêtres
et dont les rampants sont ornés de crochets. Le comble est
couvert d'ardoises quadrangulaires. « Porta celi »
(9).
Plus vers
la droite sont la lune et le soleil : la lune figurée par une
grosse face humaine imberbe, vue de profil et sortant d'un croissant;
le soleil, par une grosse étoile à huit rais flamboyants.
« Pulcra ut luna ; electa ut sol »
(10).
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| Notes |
(1) Il faut remarquer que ce sont des
textes de l'Écriture et non des invocations des litanies de
la Sainte-Vierge comme on le croit parfois. Tels sont du moins les
textes que l'on rencontre dans les représentations les plus
anciennes. Toutefois, dans celles qui sont plus récentes, de
la seconde moitié du XVI° siècle, par exemple, alors
que l'on commençait à perdre de vue le sens exact du
sujet qui nous occupe, il n'est pas rare de rencontrer des invocations
inspirées par les litanies lorétaines, telles que «
Rosa mystica », au lieu de « plantatio rosae »;
« specululn justitiae » au lieu de « speculum sine
macula », etc.
(2) Cant., IV, 12, 13. - Brév. d' Am. impr. de 1528, In Nativ.
B. M., 5° ant. de vêpres.
(3) Un peu mutilée.
(4) « Et egredietur virga de radice Jesse, et flos de radice
ejus ascendet ». Is., XI, 1. La racine est le peuple juif, la
tige, la Vierge Marie, et la fleur, le Christ. Voy. ci-dessus. t.
I, p. 382.
(5) Cant. 1v, 15. - Brév. d'Am. impr. (le 1528, In Concept.
D. M., 8° ant. de matines.
(6) « Quasi cedrus exaltata sum in Libano ». Eccli.; XXIV,
17. Missel d'Am. impr. de 1506, In Concept. B. M.; épitre.
(7) « Quasi plantatio rose in Hierico ». Ibid.
(8) Nous en avons déjà rencontré de semblables
dans les clôtures ; nous en retrouverons encore dans les stalles.
(9) Il est inutile de rappeler les nombreuses pièces liturgiques
dans lesquelles la Vierge Marie est comparée à la porte
du Ciel. Qu'il nous suffise de citer le vers « Felix coeli porta
» de l'hymne Ave maris stella, qui fait partie de l'office de
toutes les fêtes de la Sainte-Vierge.
(10) Cant., VI, 9. - Ces paroles ont toujours été appliquées
par les Pères à Marie. |
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| De
l'autre côté, une étoile à six rais droits
et aigus. « Stella maris » (1).
Un lis
avec ses fleurs, boutons et feuilles (2) symbolise ces paroles :
« Sicut lilium inter spinas » (3).
« Oliva
speciosa » (4). C'est un olivier chargé de
feuilles et de fruits. La banderole est enroulée autour du
tronc.
Entre
cet arbre et la Vierge s'élève une tour, ou plutôt
tout un château avec son enceinte crénelée,
flanquée de tours carrées couvertes en dômes,
et sans porte apparente. Au centre on aperçoit des constructions
avec pignons à crochets, clochetons, etc. « Turris
David cum propugnaculis » (5).
Une
ravissante fontaine, mi-gothique mi-Renaissance, rappelle ces mots
dont l'Époux des Cantiques qualifie sa bien aimée
: « Fons ortorum » (6). Au centre
d'une auge octogonale décorée dans le style de la
Renaissance, est une vasque de même forme, à chaque
angle de laquelle les eaux sont crachées par une tête
de monstre. La vasque est surmontée d'un clocheton en style
gothique flamboyant Entre cette fontaine et la Vierge, est un petit
miroir circulaire, bombé, dont le cadre est orné de
perles et de feuilles de refend. « Speculum sine
macula » (7)
Tout
en bas et à gauche de la Vierge, s'élève la
Cité de Dieu « Civitas Dei »
(8). C'est toute une ville, avec son enceinte fortifiée,
flanquée de tours octogonales couvertes en dômes. La
porte, comme presque toutes les portes de ville du moyen âge,
est accostée de deux grosses tours cylindriques à
deux étages, surmontées de toitures en tuiles, et
sommées de fleurons. Au-dessus de la porte, est un pignon
percé de trois ouvertures circulaires et orné de crochets
le long de ses deux rampants. A l'intérieur se pressent toits,
pignons, cheminées, clochers; sans oublier le beffroi flanqué
de quatre échauguettes.
Dans
le haut du bas-relief, sous un ciel étoilé, le Père
Éternel apparaît à mi-corps, le visage orné
d'une longue barbe, coiffé d'une tiare à trois couronnes,
une chape sur les épaules. Il tient le globe du monde d'une
main et bénit de l'autre. A ses côtés, six anges
volent les ailes éployées, déroulant devant
lui une longue banderole qui devrait porter cette inscription :
« Tota pulcra es arnica mea et macula non est in
te » (9).
L'arrangement
de la partie haute du dorsal comprend trois sujets principaux et
quatre accessoires. Dans les quatre sujets accessoires, nous reconnaîtrons
les quatre faits de l'Ancien Testament que nous avons déjà
vus
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| Notes |
(1) Beaucoup d'anciens commentateurs ont
considéré le nom hébreu de Marie comme l'équivalent
de stella maris, « étoile de la mer ». D'où
le premier vers de l'hymne Ave maris stella. – « Stella
Maria maris hodie concepta refertur ». Brev. d'Am. impr. de
1528, In Concept. B. M. 6e rép. de matines. - On rencontre
aussi parfois « Stella matutina ». Eccli., I., 6.
(2) Un peu mutilé.
(3) Cant., II, 2. Brev. d'Am. impr. de 1528. In Concept. B. M., 2e
ant. de matines. On rencontre aussi quelquefois « Lilium convallium
». Carat., II, 1.
(4) « Quasi oliva speciosa in campis ». Eccli., XXIV,
19. Missel d'Am. impr. de 1506, In Concept. B. X., épitre.
(5) « Sicut turris David collum tuum, quae aedificata est cum
propugnaculis ». Caret., 1v, 4.
(6) Cant., IV, 15. Brév. d'Am. impr. de 1528, In Concept.,
B. M., 8e ant. de matines. - On rencontre aussi parfois : «
Fons signatus ». Cant., IV, 12.
(7) « Speculum sine macula Dei majestatis ». Sap., VII,
26. Allusion à l'immaculée conception.
(8) « Gloriosa dicta sunt de te, civitas Dei ». Ps. LXXXVI,
3. Sixième psaume des matines de la Sainte-Vierge. - Ils sont
innombrables les textes de la Bible se rapportant à la cité
sainte, et que les Pères et la liturgie ont appliqués
â Marie considérée comme l'habitation du Christ.
(9) Cant., IV. 7. II faut remarquer dans ce texte, qui est comme le
titre de tout le sujet, l'allusion à l'immaculée conception.
Il a passé dans l'office actuel de l'Immaculée Conception;
il ne figure pourtant pas encore dans l'office de la Conception au
missel et au bréviaire d'Amiens de 1506 et 1528. |
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| dans quatre des quatrefeuilles de la porte de la
Mère Dieu, considérés comme figures de la maternité
virginale de Marie et sur le symbolisme desquels nous n'avons pas
à revenir (1).
1. Le
Buisson ardent. – Moise vêtu d'une robe demi longue,
à col rabattu, barbu et tête nue, est assis les jambes
croisées au milieu d'une campagne dans laquelle paissent
des moutons (2). Dans le fond, est un buisson au-dessus duquel le
Père Éternel apparaît à mi-corps portant
le globe du monde et bénissant. Il est aussi muni d'une forte
barbe et tête nue (3).
2. La
Verge d'Aaron. – Aaron, le visage orné d'une longue
barbe, est en costume de grand prêtre, ou à peu près
: robe traînante, par-dessus laquelle est une tunique plus
courte, fendue des deux côtés, bordée d'un riche
galon, avec pendeloques à la ceinture, manches à parements.
Sur la tête il porte, non la tiare, mais un chapeau orné
d'une enseigne. Une main sur la poitrine, il tient dans l'autre
sa verge chargée de feuilles et de fleurs.
3. (Pl.
LXXXVI). La vision de Gédéon. – Gédéon
porte un costume de guerre complet et fort curieux, celui d'un riche
chevalier du temps de Louis XII : solerets, grèves, genouillères
et cuissots, haubergeon, cuirasse ornée de volutes dans le
dos, et à la courte braconnière de laquelle pendent
trois tassettes attachées par des courroies : deux longues
sur les côtés, une plus courte par derrière.
De dessous les spalières, sortent les manches du haubergeon
qui retombent par-dessus les brassards, à peu près
jusqu'au coude. Il a la tête découverte. Son armet
orné d'une touffe de plumes, est posé à terre
à côté de lui. Il est agenouillé les
mains (nues) étendues, près d'une toison gisant à
terre, sur laquelle le Père Éternel sortant d'un nuage,
fait tomber une abondante rosée.
4. (Pl.
LXXXVI). La pierre de la montagne. – Une pierre se détache
de la cime d'une montagne, au bas de laquelle le prophète
Daniel, jeune homme imberbe, aux cheveux bouclés, drapé
dans un long manteau, fait un geste de recul bien naturel exprimant
à la fois la surprise et la crainte de recevoir la pierre
sur la tête (4).
Après ces figures préliminaires, commence l'histoire
proprement dite de Marie. Le Nouveau Testament est absolument muet
sur l'histoire de la Vierge antérieurement à ses fiançailles
avec Joseph (5), et postérieurement à la retraite
des apôtres dans le Cénacle (6); mais de très
bonne heure la légende lui a fait une biographie complète
de sa conception à sa mort et son assomption. Cette légende
est fort connue et eut un très grand succès dans l'imagerie
du moyen âge (7).
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| Notes |
(1) Voy. ci-dessus, t. I, p. 388. - MM.
Jourdain et Duval (Mém. de la Soc. des Ant. de Pic., in-8°,
t. VII, p. 277, ont fait un judicieux rapprochement entre ces mêmes
sujets traités par les artistes du XIIIe s. et par ceux du
XVIe.
(2) « Moyses autem pascebat oves Jethro, soccri sui, sacerdotis
Madian ». Exod., III, 1.
(3) « Apparuitque ei Dominus in flamma ignis de medio rubi ».
Exod., III, 2. – MM. Jourdain et Duval font observer que, le
Seigneur n'est pas figuré dans le quatrefeuilles du portail.
(4) La statue dont parle la Bible n'est pas plus figurée que
dans le quatrefeuilles du grand portail.
(5) « Cum esset desponsata mater ejus Maria Joseph ».
Matth., I, 18.
(6) « Hi omnes erant perseverantes unanimiter in oratione, cum
mulieribus et Maria matre Jesu ». Act., I, I4
(7) Elle est rapportée avec quelques variantes par plusieurs
des évangiles apocryphes. (Hist. de Joseph le charpentier,
III, IV. - Protévangile dit de saint Jacques le Mineur, I-IX.
--Evangile de la Nativité de sainte Marie, I-VIII. –
Hist. de la Nativ. de Marie et de l'Enfance du Sauveur, I-VIII). Un
certain nombre de Pères, tant de l'église grecque que
de l'église latine, les auteurs arabes et le Coran lui-même
font allusion à plusieurs faits de cette légende. Elle
est rapportée par des lettres prétendues de saint Jérôme
aux évêques Chromatien et Héliodore. Au XIII°
s., elle a été reproduite dans la Légende dorée
de Jacques de Voragine, d'après l'Evangile de la Nativité
de sainte Marie et les prétendues lettres de saint Jérôme,
sous le titre de De Nativitate Beatae Mariae Virginis. – Voy.
TISCHENDORF, De Evangelioruvn apocryphorum origine et usu; Evangelia
apocrypha. – GUST. BRUNET, Les évangiles apocryphes.
- GRAESSE, Jacobi de Voragine Legenda aurea, – etc. |
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C'est à elle que sont empruntés les premiers
et les derniers sujets de la suite que nous allons décrire
(I). Pour le reste, on a suivi l'Évangile et les Actes des
Apôtres:
5. (Pl.
LXXXVI). Joachim, Galiléen, de la cité de Nazareth,
avait épousé Anne de Bethlehem. Tous deux étaient
justes et accomplissaient la loi de Dieu, mais vingt ans s'étaient
écoulés et Anne restait stérile. Ils avaient
fait vœu de consacrer au Seigneur le premier enfant qui leur
naîtrait. Un jour de Dédicace, Joachim se présentait
à l'autel avec ceux de sa tribu, pour y déposer son
offrande : il fut repoussé par le prêtre, pour avoir
encouru les malédictions de la loi en n'augmentant pas le peuple
de Dieu. Nous sommes dans le Temple figuré par un édifice
gothique voûté à liernes et tiercerons, avec fenêtres
flamboyantes. Derrière l'autel couvert de deux nappes frangées
et abrité par un dais brodé, frangé et de forme
polygonale, se tient le prêtre. Il est barbu, coiffé
d'une mitre dont les cornes sont placées à droite et
à gauche et qui est posée sur un bonnet : il porte une
longue tunique dont les manches ont des parements fourrés et
une écharpe sur les épaules. Des deux mains il repousse
un agneau que, fléchissant le genou, Joachim lui présente.
Celui-ci, muni d'une forte barbe, l'air vénérable et
la tête découverte, porte -le costume d'un personnage
riche et haut placé, le chaperon pendant sur l'épaule.
Anne est derrière lui, personne d'âge et de condition,
coiffée de la guimpe et d'un long voile bordé d'un galon
perlé et d'une broderie formant comme une suite de fleurs dé
lis. De l'autre côté, c'est-à-dire à la
gauche du spectateur, vient un homme d'apparence jeune et imberbe,
tête nue, cheveux bouclés, petit manteau jeté
sur les épaules; il porte sous son bras un agneau qu'il s'apprête
à offrir et tient par la main un petit garçon qui a
sous son bras quelque chose, peut-être son chapeau, et qui regarde
son père avec un sourire. Par derrière, à droite
et à gauche du prêtre, quatre personnages figurent le
peuple : les uns sont barbus, les autres ont le visage rasé.
Celui-ci, vêtu d'une houppelande fourrée, à revers,
est coiffé d'un mouchoir attaché par un affiquet sur
lequel est posé un chapeau. Celui-là a le bord de son
chapeau relevé sur le devant par une enseigne; par dessus ce
chapeau est ramené un capuchon. Le troisième est en
bonnet carré. Le dernier a une pèlerine de fourrures
et un chapeau à longs poils aux bords relevés. Ce groupe
et les suivants sont très intéressants pour le costume
(2).
6. (Pl.
LXXXVI et fig. 203). Profondément humilié, Joachim,
s'enfuit au milieu des bergers de ses troupeaux, pour échapper
aux regards de ceux de sa tribu qui avaient été les
témoins de sa honte. Mais là, un ange lui apparut, lui
donnant des paroles de consolation. Après avoir rappelé
l'exemple de Sara, de Rachel et de la mère de Samson, il l'exhorta
à aller retrouver sa femme, lui promettant qu'il la rencontrerait
à la Porte dorée, et qu'elle lui donnerait une
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| Notes |
(1) Nous retrouverons cette légende
dans un vitrail du XIIIe s. de la Petite Paroisse (chapelle XXVIII).
(2) Dans les vignettes des Heures de Simon Vostre, ce même sujet
est accompagné de la légende : « Affligebat eos
tanguam ut expro..... ». |
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| fille qu'il appellera Marie. Elle sera consacrée
au Seigneur dès son enfance et, pleine du Saint-Esprit dès
le sein de sa mère, elle enfantera elle-même le fils
du Très-Haut, par qui viendra le salut à toutes les
nations. – La scène se passe au milieu d'une prairie
où paissent six moutons gardés par un chien. Au milieu
d'eux, est la cabane à roues couverte de chaume, dans laquelle
couchent les bergers. A l'arrière-plan s'élève
une ville avec ses maisons à pignons et lucarnes, ses remparts
crénelés, ses tours et surtout sa curieuse porte flanquée
de deux tours cylindriques, en avant de laquelle la barrière
est levée (1). Çà et là, des arbres. Dans
le ciel apparaît un ange les ailes éployées et
tenant une banderole muette. Joachim est agenouillé, la tête
découverte, les bras étendus, les yeux au ciel, dans
une attitude de religieuse extase. |
| Notes |
| (1) « Ont ordonné qu'ils
feront restouper, clorre fermer et machonner toutes les ouvertures
des vignes et jardins qui entrent entre lesd. barrières de
lad. porte de Montrescu ». Echev. du 26 août 1166, Arch.
de la ville d'Am., BB 10, fol. 109. – « Avant faire ouverture
des barrières, ..... poseront une sentinelle de deux hommes
armez et embastonnez 6 la première barrière, pour recongnoistre
en premier lieu ceulx quy entreront, et pour fermer hastivement ladicte
barrière s'il en est besoing ». Ordonn. pour la garde
de la ville d'Amiens du 12 novembre 1575. Arch. de la ville d'Am.,
AA 16, fol. 162. |
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Deux bergers l'accompagnent (1), regardant la vision
d'un air respectueux. Leur costume est des plus curieux : l'un, assis
par terre, est chaussé de souliers assez-bas et lacés,
d'espèces de bas et de hauts chaussons s'affaissant sur eux-mêmes
en faisant revers sous les jarrets et mis par-dessus les chausses
à braguette. Son sayon est entièrement ouvert par devant,
avec courroie à la ceinture, où pend une besace frangée
ayant quelque rapport avec ce que nous appelons un carnier; un manteau
est attaché par une aiguillette sur la poitrine. Son chapeau
est d'un genre que nous n'avons pas encore rencontré : il paraît
être en paille tressée, et sa forme rappelle un peu celle
de nos chapeaux dits canotiers. Ce berger tenait dans la main droite
un objet, qui a disparu; mais dont on voit encore les arrachements.
Son compagnon a pour chaussures des souliers déchiquetés
par en haut et lacés, d'où sortent des espèces
de gamaches ou, de guêtres à- deux rangs de boutons,
montant jusqu'au haut des mollets par-dessus les chausses. Il a un
sayon et une besace comme son compagnon; sur ses épaules est
une sorte de pèlerine bordée d'un rang de petites bouffettes.
Instinctivement il se découvre, tenant à .la main on
chapeau à longs poils.
7. (PI.
LXXXVI et fig. 203). Après avoir quitté Joachim, l'ange
alla trouver Anne qui pleurait amèrement, ne sachant où
son mari était allé, et lui annonça les mêmes
choses. – A peu près vêtue comme précédemment,
Anne est agenouillée, les mains jointes, tandis que l'ange,
aussi à genoux, lui expose l'objet de son message. Nous sommes
en dehors de la maison de sainte Anne, ou plutôt dans une cour
intérieure : c'est une très somptueuse habitation bourgeoise,
couverte en « tieulle » ou tuiles plates avec jolie crête
tréflée sur la faîtière, de curieuses cheminées
et une lucarne en charpente. Anne est sous la porte du logis qui forme
niche au-dessus de sa tête de la façon la plus heureuse.
Cette porte est fort riche, en cintre surbaissé, avec superbe
fronton sculpté, orné de deux singes qui jouent dans
des enroulements de feuillages et surmonté d'un marmouset ;
la baie est flanquée de deux pilastres dont les fûts
sont sculptés d'ornements Renaissance avec chapiteaux à
feuilles d'acanthe, surmontes chacun d'un marmouset entièrement
nu et tenant un écu. A l'intérieur de cette porte qui
est ouverte, on aperçoit un escalier de bois en colimaçon,
dont le bourdon est tors. A côté de cette porte, s'ouvre
une fenêtre à croisée de pierre par laquelle deux
indiscrets regardent ce qui se passe au dehors (2). Au-dessous de
cette fenêtre est un petit grillage qui ressemble à un
judas. A l'autre extrémité de la maison, une porte plus
petite fait pendant à la première : elle est à
linteau horizontal et fermée ; au-dessus de cette porte, un
petit gable à crochets surmonté d'un lion qui tient
un écu, et dans le tympan duquel est aussi un écu, monte
devant une fenêtre redentée. Ce petit tableau est d'une
composition charmante et d'un pittoresque achevé ; mais
il faudrait en dire autant de tous ceux qui précèdent
et de tous ceux qui vont suivre.
PANNEAU
DE LA RAMPE B 55 (pl. LXXVIII, en Y). – 1. S'étant donc
rencontrés à la Porte dorée, joyeux de se revoir
et certains de l'avenir, Anne et |
| Notes |
(1) Suivant la légende, l'ange
ne serait apparu qu'à Joachim seul. « Ei soli ».
Leg. aur. - Évangile de ta Nativité de sainte Marie.
(2) Le visage de l'un d'eux est éclaté. |
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Joachim adorèrent le Seigneur et retournèrent
chez eux, attendant avec joie l'accomplissement de la promesse divine.
– Une belle porte de ville dont la baie est à linteau
légèrement arrondi dans les angles et surmonté
d'un écu parti. Sous ce linteau,. on aperçoit le bas
de la herse, qui est levée. Comme la plupart des portes principales
des villes au moyen âge, elle est flanquée de deux tours
cylindriques avec créneaux, meurtrières et mâchicoulis.
La partie centrale est en pignon, couverte de « tieulles »,
avec jolie crête faîtière ; les deux tours ont
leurs combles en forme de dômes couverts de la même façon.
A côté de cette porte est une maison à pignon
orné de crochets, par la fenêtre à croisée
de pierres de laquelle un homme regarde ce qui se passe. On était
bien curieux. Plus haut est une espèce de clocher polygonal
à deux étages. Par derrière, Jérusalem
s'étend avec ses remparts, ses tours, ses portes et ses maisons,
et dans le lointain, sur une hauteur, un moulin à vent en bois,
à pivot, tout comme il y en avait sur les plateaux qui entourent
Amiens. Dans la campagne qui se trouve en avant de la ville, on a
figuré des animaux et des arbres, dont un est entouré
d'un plessis. A l'extérieur de la porte, Anne sortant de la
ville, un fichu sur la tête, et Joachim, la tête découverte,
s'embrassent affectueusement. Derrière sainte Anne et encore
sous la porte, est une suivante tête nue. Joachim est suivi
d'un petit caniche à moitié tondu (1).
2. Nativité
de Marie. – Une somptueuse chambre à coucher, lambrissée
à draperies plissées, dans un coin de laquelle est accrochée
une étagère où sont rangés pots, hanaps,
plats, écuelles, gobelets, assiettes, etc., et au-dessous,
un curieux porte serviette comme on en rencontre parfois dans les
peintures flamandes, et qui parait être en fer forgé.
Tout habillée, la tête voilée et coiffée
d'un bonnet carré, Anne est couchée dans un lit de bout,
abrité par un dais d'une grande richesse, aux pentes brodées
et frangées avec courtines troussées, sous lequel est
pendu un joli miroir. Elle est appuyée sur un oreiller à
lacets avec bouffettes dans les angles. Une suivante ayant sur la
tête une coiffure tuyautée, ornée par en haut
d'un affiquet, et d'où s'échappent de longues mêches
de cheveux – serait-ce une sage-femme (2)? – présente
l'enfant soigneusement emmaillotté à sa mère,
tandis qu'une autre femme lave des linges dans le baquet de bois où
l'enfant vient sans doute d'être baigné. Ses belles manches
ornées sous les aisselles d'un rang de bouts de rubans arrondis,
sont retroussées jusqu'aux coudes : sa riche coiffure ornée
de volutes aux oreilles et d'un affiquet sur le haut du front, annonce
une femme de qualité.
3. Dans
l'écoinçon entre les deux principaux cintres qui surmontent
les deux bas-reliefs que nous venons de décrire, on a placé
comme accessoire un sujet biblique qui ne se rapporte pas à
l'histoire de la Vierge Marie, mais qui en est considéré
par les Pères comme une figure. |
| Notes |
(1) Dans les vignettes des Heures de
Simon Vostre, ce même sujet porte pour légende : «
Concepit Anna et peperit flliam et adduxit eam » (I Reg., 1,
20 et 24). – C'est en effet ainsi qu'on représentait
généralement la conception de la Vierge Marie. Il y
a dans l'église Sainte-Savine, à Troyes, une belle peinture
sur bois datée de 1533 et divisée en trois sujets représentant
le 1er, le sujet qui nous occupe, le 2e, la nativité de la
Sainte-Vierge, et le 3e, sa présentation au Temple. Tout autour
règne une inscription ainsi conçue :
LAN TRENTE TROYS CINQ CENS AVECQ MILLE
DVM BON VOVLOIR ET AMOVR CHARITABLE
PAR FEMMES FVT TOVTES DE CESTE VILLE
ICY POSÉE CESTE PRÉSENTE TABLE
OV PAR HISTOYRES DUNE DAME NOTABLE
ROYNE DV CIEL SONT LA CONSEPTION
NATIVITÉ IOVEVSE VIE LOVABLE
ET PVIS AV TEMPLE SA PRÉSENTATION.
(2) Cf. misér. 91 |
| |
Lors
de l'établissement d'Israël dans la Terre Promise, Balac,
roi des Moabites, fit appeler le devin Balaam pour maudire ce peuple
sorti de l'Égypte, qui venait camper près de lui. Balaam,
malgré la défense d'en haut, étant monté
sur son ânesse et s'étant mis en route, un ange armé
d'un glaive lui barra le chemin de sorte que l'ânesse effrayée
refusait d'avancer, malgré les coups qu'elle recevait; alors
Dieu ouvrit la bouche de l'ânesse qui se mit à parler
et à se plaindre, et l'ange se découvrit à Balaam
et lui dit : « Vas avec eux mais ne leur dis rien que je
ne t'aie ordonné ». Balaam étant donc reparti
et arrivé vers Balac, au lieu de maudire les Hébreux,
fit une prophétie qui se terminait par ces mots : « Videbo
eum, sed non modo ; intuebor illum, sed non prope ; orietur stella
ex Jacob et consurget virga de Israel », etc. (1).
– Comme ils le faisaient parfois, nos artistes ont réuni
ces actes successifs en un seul sujet, qui est plutôt un symbole
qu'une représentation historique proprement dite. Balaam est
figuré par un homme barbu; richement vêtu. Il est monté
sur l'ânesse qu'il tient d'une main par la bride, et parait
avoir eu dans l'autre un objet brisé aujourd'hui; qui petit
avoir été le bâton dont il frappait l'animal.
Devant lui, un ange brandit une épée nue. Dans le ciel
parait l'étoile prédite par le devin.
Nous revenons
à l'histoire de Marie.
PANNEAU
DE LA RAMPE C 52 (pl. LXXIX, en Y). - 1. Éducation de Marie
par sainte Anne. – Une salle voûtée et carrelée
; à gauche du spectateur, une vaste cheminée, dont le
linteau est orné de figures d'anges tenant des écus,
et la hotte, de deux très gracieux oiseaux affrontés
et d'ornements Renaissance ; dans l'intérieur pend une « crameillie
à trois branchons » (2). Vis-à-vis, un délicieux
dressoir, chef-d'œuvre de hucherie, formé d'une armoire
à deux vantaux, surmontée d'un dais très délicatement
découpé dans le goût flamboyant. Sur l'un des
deux vantaux est représenté l'ange et sur l'autre la
Vierge agenouillée devant un prie-Dieu, formant le groupe de
l'Annonciation. Est-ce un anachronisme, ou au contraire une attention
délicate (3)? La serrure est une merveille de finesse et de
vérité. Un vase d'un joli galbe est placé sur
la tablette inférieure, et, sur l'armoire, une écuelle
et deux autres objets qui ont été brisés. Un
chat est blotti sous le meuble. Au milieu de la pièce se dresse
un banc monumental avec panneaux à draperies plissées
et dais continu surmonté d'une frise flamboyante découpée
à jour. Anne est assise sur un escabeau ou un petit banc tournant
le dos à la cheminée. Un livre ouvert sur ses genoux
elle apprend à lire à Marie enfant, qui est debout à
côté d'elle, vêtue d'une simple robe traînante,
serrée à la taille, les cheveux flottants.
2°
Au bout de trois ans, le terme du sevrage étant arrivé,
Joachim et Anne accomplirent leur vœu et amenèrent la
jeune Vierge au Temple du Seigneur avec des oblations. II y avait
devant le Temple quinze degrés à monter, suivant les
quinze psaumes des degrés. Marie les monta sans le secours
de personne, comme si elle était déjà à
l'âge parfait. – Le temple est figuré par un édifice
en bois formé de panneaux embrevés à draperies
plissées et d'un triple portique porté par des colonnettes
polygonales, auquel on accède |
| Notes |
(1) Num., XXII-XXIV.
(2) Cf. le chef-d’œuvre de Gille Labouré, Perron
à Amiens, en 1462. Arch. de la ville d'Am., AA 6, fol. 116.
(3) A la cathédrale de Reims, dans le groupe de l'Annonciation
qui décore le pignon du croisillon nord du transept, exécuté
en 1431, la Vierge égrène son chapelet. Cf. CERF, Notre-Dame
de Reims, t. Il, p. 63. |
| |
par un escalier de quinze marches, dont les rampes sont
aussi à panneaux de bois. Marie enfant, joignant les mains,
gravit cet escalier, en jetant un regard affectueux sur sa mère
qui se tient au bas des degrés, étendant la main vers
son enfant. Joachim est de l'autre côté et aussi debout,
l'air grave, son chapeau à la main. Au haut de l'escalier,
à l'entrée du temple, le grand prêtre, les mains
étendues s'apprête à recevoir l'enfant d'un air
bienveillant : il est barbu et vêtu d'une longue tunique par-dessus
laquelle en est une autre plus courte, fendue sur les côtés,
bordée de franges avec affiquets au haut des fentes, les reins
ceints d'une espèce de cordon : la tête couverte d'un
voile qui lui retombe sur les épaules, et, par-dessus, d'une
mitre fort riche, dont les cornes sont sur les côtés.
A sa gauche, trois jeunes filles aux cheveux flottants, l'une la tête
couverte d'un voile, une autre coiffée d'un bonnet carré,
et la troisième tête nue, représentent les vierges
consacrées à Dieu attendant leur nouvelle compagne.
A sa droite, un personnage imberbe, au visage très fin et expressif,
contemple la scène : il porte un habit à revers fourrés
et un chapeau de forme bizarre, mais mutilé.
PANNEAU
DE LA RAMPE C 51 (pl. LXXIX, en Z). – 1. La Vierge croissait
en sainteté. Tous les jours, elle était visitée
par les anges et favorisée d'une vision divine. Elle s'était
soumise à telle règle, que du matin à tierce,
elle était en oraisons. – C'est dans le Saint des Saints
lui-même, où le grand prêtre avait seul le droit
de pénétrer, que nos artistes ont placé Marie
(1). Un autel couvert de trois nappes frangées de hauteurs
différentes, est placé sous un dais en forme d'édicule
en arc surbaissé et redenté, avec accolade à
crochets, couvert d'imbrications, et porté par des colonnes
polygonales surmontées chacune d'un petit dôme et d'un
fleuron. Sur l'autel, deux chérubins couverts de plumes et
munis de quatre ailes, deux tournées vers le haut et deux vers
le bas, tiennent l'arche qui est en forme de châsse, dont la
face principale est composée de trois panneaux à draperies
plissées avec toiture imbriquée et crête découpée.
A côté, est une porte en arc surbaissé, avec gable
à crochets, par laquelle entre un ange en tunique et amict,
levant la main droite comme pour faire faire silence. Il s'avance
vers Marie, qui, une espèce de long fichu ou écharpe
négligemment jeté sur la nuque et sur les épaules,
par-dessous laquelle pendent ses cheveux en longues mèches,
est agenouillée devant l'arche, les mains jointes et priant
avec ferveur.
2. De
tierce à none, Marie vaquait à quelque ouvrage textile.
– C'est dans cette occupation que nos artistes ont placé
la Vierge devant un charmant portique mi-Renaissance, mi-gothique,
porté par des colonnettes polygonales. Deux des entrecolonnements,
entièrement à jour, laissent apercevoir la campagne
plantée d'arbres; le troisième est rempli en partie
par un treillis et en partie par un panneau à draperies plissées,
et le dernier, garni de quatre panneaux de même, dont un est
entrouvert. Assise sur un escabeau à tenailles, Marie ayant
près d'elle une corbeille remplie de bobines et un siège
d'une forme difficile à comprendre, est occupée à
tisser une bande d'étoffe sur un très curieux métier.
|
| Notes |
| (1) Suivant une tradition rapportée
par saint Evode, patriarche d' Antioche, et par saint Germain de Constantinople.
Cf. JOURDAIN ET DUVAL, op. cil., dans Mém. de la Soc. des Ant.
de Pic., in-8, t. VII, P. 288. |
| |
Très
remarquables comme composition, les deux sujets qui forment ce panneau
sont peut-être d'une exécution plus lourde que celle
des autres : têtes trop grosses, visages sans expression ni
caractère, absence de finesse et de fouillé. Ces défauts,
se retrouvent, quoique à moindre degré, dans quelques
autres panneaux des rampes.
PANNEAU
DE LA RAMPE D 4I (pl. LXXX, en Y). – 1. Depuis none, elle ne
cessait de prier que quand un ange lui apportait sa nourriture. –
La Vierge s'est retirée pour prier seule dans sa chambre, pièce
voûtée sur croisées d'ogives, où l'on accède
par un tambour en bois avec panneaux à draperies plissées,
élevé de neuf marches. Il est percé d'une porte
en accolade à un vantail fermé, avec ses pentures en
fer et sa très curieuse serrure à vertevelle, et de
deux fenêtres en arc surbaissé. Les volets de ces fenêtres
dont les panneaux sont à draperies plissées, sont fort
curieux. L'un est à moitié, baissé, rentrant
dans l'appui de la fenêtre comme les glaces de nos voitures,
et laissant voir que la fenêtre n'est vitrée d'une mise
en plomb à losanges que dans sa partie supérieure, de
sorte que, si l'on veut entièrement intercepter l'air extérieur
et cependant avoir encore du jour, il faut que le volet ne soit baissé
qu'à demi; au-dessus règne un joli entablement de style
Renaissance, avec corniche à denticules, frise ornée
de trois « médailles » à têtes
sculptées entourées de « chapeaux de triomphe »
ou couronnes de feuillages, et architrave ornée d'une cordelière
à nœuds ; enfin, sur cet entablement, est une toiture
imbriquée en pavillon. Cet édicule est des plus curieux
et des plus coquets, tel qu'il devait en exister jadis dans beaucoup
de chambres, pour garantir de l'air extérieur. La pièce
est éclairée sur le dehors par une fenêtre carrée
à croisée de pierre et encadrée de moulures;
là encore les deux carreaux supérieurs sont seuls vitrés
à losanges, et les deux autres fermés de volets de bois
à draperies plissées : l'un est à demi rentré
dans l'appui de la fenêtre, tandis que notre éternel
indiscret regarde de l'extérieur par l'ouverture : c'est sans
doute lui qui aura conté le fait. Une horloge avec son cadran
à une seule touche, tout son mécanisme intérieur
merveilleusement rendu, ses poids et sa sonnerie placée en
évidence au haut du petit meuble en lui faisant un joli couronnement
(1), est accrochée au mur ; à côté, est
une bibliothèque à une seule tablette, où sont
rangés six volumes à fermoirs posés sur leur
tranche inférieure, mais le plat en avant et non le dos (2).
Dans ce délicieux intérieur qui respire la paix et la
pureté, Marie se tient debout, tête nue, les cheveux
flottants. Elle vient de prier ou de méditer et tient encore
son livre ouvert. L'ange, s'approche discrètement, lui présentant
d'une main un pain rond et tenant dans l'autre une cane à anse
et à couvercle.
2. Marie
et ses compagnes à l'étude. – Une salle voûtée
dans laquelle est un banc à deux étages de sièges
et haut dossier à draperies plissées, décoré
par, le haut d'une dentelle flamboyante et de pinacles : sur un des
deux accoudoirs est un marmouset tenant un écu. La maîtresse
d'école est assise à |
| Notes |
(1) C'est toujours la grande qualité
des artistes du moyen âge de faire concourir les parties essentielles
d'un objet à sa décoration. Cette horloge est aux yeux
de tous un instrument à marquer les heures. Cela ne l'empêche
pas d'être infiniment gracieuse.
(2) Les reliures anciennes chargées de fermoirs, de bourdons,
parfois de pièces d'orfèvrerie et d'autres aspérités
ne permettaient pas de placer les volumes plat contre plat, comme
aujourd'hui. |
| |
l'étage ou gradin supérieur : respectable
matrone vêtue d'une robe, d'un manteau et de la guimpe sur laquelle
est posé un court voile, elle tient d'une main un livre à
fermoirs, et lève l'autre comme si elle faisait une explication.
Marie est à côté d'elle. La mise des deux compagnes
qui sont assises au gradin inférieur, est beaucoup plus recherchée
que la sienne : l'une porte une robe ouverte en carré avec
déchiquetures et gorgerette plissée, manches bouillonnées
et riche coiffure ornée d'une profusion d'affiquets, de perles,
de réseaux, etc., et, aux oreilles, d'une paire de rosaces
du milieu de chacune desquelles part une gourmette nouée sous
le menton ; l'autre a un rang de perles à l'ouverture de sa
robe sur la poitrine ; sur sa tête est posé un voile
sous lequel flotte sa chevelure, et par-dessus lequel est posé
un bourrelet; elle tient un objet qui parait être une pomme.
Toutes trois feuillettent des livres et paraissent écouter
avec attention les enseignements de la maîtresse. PANNEAU
DE LA RAMPE D 40 (pl. LXXX, en Z). – 1. Lorsque Marie fut parvenue
à sa quatorzième année, le pontife voulut, selon
l'usage, la renvoyer dans sa famille, pour être légitimement
mariée. Marie s'y refusa, parce qu'elle avait voué à
Dieu sa virginité. Devant une pareille nouveauté si
contraire aux idées du peuple Juif, les anciens convoqués
furent unanimement d'avis de consulter le Seigneur. Ayant donc prié,
le pontife entendit une voix qui répondit que tous les hommes
à marier de la maison de David aient à porter chacun
une verge sur l'autel, et que celui dont la verge germerait et sur
laquelle le Saint-Esprit en forme de colombe viendrait se poser, devrait
être fiancé à Marie. Tous vinrent donc, mais Joseph
se trouvant trop âgé pour épouser, une si jeune
vierge, fut le seul à soustraire sa verge de l'épreuve.
Aucune verge ne fleurit, et le Seigneur de nouveau consulté
répondit que la verge de celui qui devait épouser Marie
manquait. Joseph ainsi trahi dut s'exécuter, et aussitôt
sa verge se mit à fleurir et une colombe vint se poser sur
elle. – Dans le temple, figuré par une suite d'arcades
surbaissées portées par des pilastres avec une porte
amortie par une accolade à crochets, est un autel couvert de
deux nappes frangées et d'un retable à trois ressauts,
devant lequel se tient le grand prêtre qui parait bénir,
deux doigts levés. A côté de lui, est un assistant
imberbe, peut-être un lévite, en robe demi-longue, fendue
par devant et, serrée à la taille, et coiffé
d'un bonnet carré ; il tient un livre fermé. Joseph
s'avance vers le grand prêtre, tenant solennellement à
deux mains sa verge fleurie. L'artiste a oublié de figurer
la colombe. Le futur époux de Marie porte une longue robe et
un manteau à collet et capuchon relevé, attaché
sur le devant de la poitrine par un riche fermail ; il est barbu et
tête nue. Quatre autres prétendants suivent derrière
lui, tenant comme des cierges leurs verges stériles.
2. Fiançailles
de Marie et de Joseph. – Toujours le temple figuré par
de grandes baies cintrées et vitrées en losanges : dans
le fond, est une porte en arc surbaissé, surmontée d'une
rose flamboyante très finement découpée, le tout
sous un grand arc en plein cintre avec redents, orné de rosaces
et de crochets, et, retombant sur deux pilastres sculptés d'une
suite de rosaces. Au milieu, se tient le grand prêtre ayant
une sorte de chape sur les épaules : il prend Joseph par la
main qu'il unit à celle de Marie. Celle-ci s'avance timidement,
un chapeau de roses sur sa chevelure flottante. Du côté
de Joseph se tiennent deux hommes imberbes, l'un vêtu d'une
houppelande à revers et |
| |
coiffé d'un mouchoir par-dessus lequel est posé
un somptueux chapeau entouré d'un rang de perles et surmonté
d'un gland, l'autre costumé à peu près de même,
avec un non moins somptueux chapeau fort élevé, tailladé,
les bords retroussés et ornés d'une enseigne, et surmonté
d'une espèce de rosette. Du côté de Marie deux
jeunes femmes, l'une vêtue d'unie longue robe par-dessus laquelle
en est une autre raide, fendue sur les côtés, arrondie
par devant et par derrière, et bordée d'un riche et
large galon et de houppettes, ouverte à revers sur la poitrine
que couvrent les fins plis de la gorgerette, manches tailladées
et bouillonnées, et sur la tête une espèce de
bonnet à la Charlotte Corday d'où la chevelure s'échappe
en longues mèches. L'autre porte une riche coiffe à
oreilles pointues et ornées de perles du centre de chacune
desquelles s'échappe une gourmette qui retombe gracieusement
sous le menton (1).
A partir
d'ici, nous quittons la légende, pour suivre l'Évangile
PANNEAU
DE LA RAMPE E 32 (pl. XXXI. en Y). – 1. L'Annonciation (2).–
La chambre de la Vierge est meublée d'un lit à baldaquin
avec courtines troussées et pentes richement brodées
d'ornements dans le goût de la Renaissance, et bordées
de franges ; le châlit est formé d'une suite de panneaux
à draperies plissées et couvert d'une courtepointe à
losanges. Un joli miroir circulaire est pendu dans le fond du lit.
Dans un coin de la pièce est une porté surmontée
d'une frise et d'un fronton en style de la Renaissance. Au milieu,
un vase de lis est posé sur un escabeau. A demi agenouillée
sur un prie-Dieu, Marie paraît distraite de sa méditation,
et fait le geste de fermer le livre qui était ouvert devant
elle. Elle détourne la tête d'un air troublé,
à l'arrivée de l'ange Gabriel qui vient de la saluer
d'une façon si inattendue (3). Celui-ci se présente
vêtu de l'amict, de l'aube et d'une chape attachée par
un riche fermail. II tient un grand sceptre fleuronné, autour
duquel est enroulée une banderole muette. Dans le ciel, au
milieu d'un chœur de chérubins à quatre ailes et
sortant de nuages, apparaît le Père Éternel à
mi-corps, à longue barbe, vêtu d'une chape à fermail,
coiffé de la tiare à trois couronnes, tenant le globe
d'une main et bénissant de l'autre, tandis que de lui descend
le Saint-Esprit en forme de colombe, à travers un jet de rayons
lumineux (4).
2. La
Visitation (5). – Marie est toujours vêtue comme précédemment,
ayant, en plus un court voile jeté sur sa tête, mais
par-dessous lequel on voit toujours sa chevelure flottant en longues
mèches. Élisabeth, femme âgée, en guimpe,
bourrelet et manteau jeté sur les épaules, est allée
au-devant d'elle et la rencontre à la porte de sa maison. Pour
exprimer les sentiments d'Élisabeth et traduire par un geste
significatif les paroles que l'Évangile lui met dans la bouche
(6), elle est figurée fléchissant le genou et portant
respectueusement la main droite sur le ventre de Marie, tandis que
la mère du Sauveur, dont |
| Notes |
(1) Dans les Heures de Simon Vostre,
ce sujet est accompagné de la légende : « Cum
esset desponsata mater Jesu Maria Joseph. (Matth., 1, 18) »
(2) Luc, 1, 26-38.
(3) « Turbata est in sermonc ejus et cugitabat qualis esset
ista salutatio ». Luc., 1, 29.
(4) « Spirites Sanctus supervenict in te et virtus Altissimi
obumbrabit tibi ». Luc., 1, 35
(5) Luc., 1, 39-56
(6) « Exultavit infans in utero ejus, et repleta est Spiritu
Sancto Elisabeth, et exclarnavit voce magna et dixit: Benedicta tu
inter mulieres et benedictus fructus ventris tui. Et unde hoc mihi,
ut veniat mater Domini mei ad me? » Luc. 1, 41-43. |
|
|
l'attitude trahit l'émotion et la joie,
semble chanter « Magnificat anima mea Dominum »,
etc. (1). La demeure de Zacharie et d'Élisabeth est
figurée par une riche maison forte, . avec créneaux,
mâchicoulis, chemins de ronde, poivrières, pignons
à crochets, porte en plein cintre munie d'une forte
serrure, etc., bâtie sur une montagne plantée
d'arbres (2). JOUEE
F 31. - La jouée des stalles hautes de ce côté
est garnie de sept sujets sculptés qui continuent l'histoire
de Marie. Ils sont disposés suivant le schéma
ci-contre. |
Les sujets des deux premiers bas-reliefs, qui forment comme
le soubassement de la jouée (pl. LXXXII, en Y), sont
rapportés par saint Mathieu : « Or la naissance
du Christ arriva ainsi. Marie, sa mère, étant
fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu'ils
eussent habité ensemble, qu'elle avait conçu
par la vertu du Saint-Esprit. Joseph, son mari, qui était
un homme juste, ne voulant pas la diffamer, résolut
de la renvoyer secrètement. Comme il était dans
cette pensée, voici qu'un ange du Seigneur lui apparut
en songe et lui dit : Joseph, fils de David, ne crains point
de prendre avec toi Marie ton épouse, car ce qui est
formé en elle est l'ouvrage du Saint-Esprit. Et elle
enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus,
car il sauvera son peuple de ses péchés....
Réveillé de son sommeil, Joseph fit ce que l'ange
du Seigneur lui avait commandé ; il prit avec lui Marie
son épouse » (3).
1. L'ange tirant Joseph de son doute. – Joseph assis
dans une massive chaire gothique à panneaux de draperies
plissées, bonnet carré sur la tête, est
endormi, accoudé, le front appuyé sur sa main.
Un ange semble lui parler. A leurs pieds, est un objet difficile
à distinguer, que MM. Jourdain et Duval ont pensé
être une besace, pour indiquer l'intention de Joseph
de partir. Nous verrons en effet la besace clairement indiquée
dans le sujet suivant. |
 |
La scène se passe à l'extérieur
d'une ravissante habitation mi-gothique, mi-Renaissance. Le
rez-de-chaussée du bâtiment principal est en
maçonnerie nue, sans aucun percement et sans autre
ornement que des contreforts. Au-dessus, règne une
frise sculptée, légèrement en saillie.
Le premier étage du plus grand côté est
percé de deux fenêtres carrées à
croisées de pierre, dont les deux carreaux du haut
sont seuls vitrés à losanges : deux curieux
regardent par l'une d'elles. Entre ces fenêtres, est
une niche en accolade à crochets, qui abrite une statue
en pied paraissant représenter le Sauveur tenant le
monde et bénissant. Est-ce encore un anachronisme ou
une intention de l'artiste?
Sur le petit côté, est sculpté un écu
à trois hermines posées 2 et 1, tenu par deux
lions. |
|
| Notes |
(1) Luc., 1, 46.
(2) « Abiit in montana ». Luc., 1, 39. – Ce panneau
et le suivant, à la hauteur duquel il devait se trouver jadis
avant la suppression de la première stalle basse de ce côté,
est assez endommagé par le frottement des personnes qui,
pendant les offices, se pressent aujourd'hui encore, comme autrefois,
entre les stalles et le sanctuaire
(3) Matth., 1, 18-24. |
|
|
Le pignon est orné de crochets et la toiture,
en ardoises, est surmontée d'une crête découpée.
Sur le grand côté de cette toiture s'ouvrent deux très
riches lucarnes ou « fenêtres Beauvoisiennes » (1),
amorties en accolades avec crochets : A l'un des angles du bâtiment
est accrochée une petite tourelle en encorbellement ; à
l'angle opposé, une autre tourelle polygonale et beaucoup plus
considérable s'élève de fond : elle paraît
contenir l'escalier ; on y pénètre par une porte en
arc surbaissé, surmontée d'un gable à crochets.
2. Joseph
s'excusant à Marie de ses soupçons injurieux. –
Nous sommes encore à la porte d'un somptueux édifice
couvert en ardoises, dont le pignon est à crochets et la porte
en arc surbaissé, avec ses pentures et sa serrure. A côté,
est une autre porte beaucoup plus riche, amortie en accolade et flanquée
de deux grosses colonnes dont les fûts sont sculptés
à torsadés, et qui servent de supports à un entablement
dont l'architrave est sculptée de feuilles de refend, la frise,
d'ornements de la Renaissance, avec une tête dans un médaillon,
et la corniche, d'une cordelière à nœuds, le tout
surmonté d'une espèce de dôme sculpté.
A la droite du spectateur, Marie est assise dans une très riche
chaire de style Renaissance, dont le dossier est surmonté d'une
espèce de fronton cintré, à coquille avec animaux
fantastiques et deux marmousets nus, debout et tenant des écus
; aux accoudoirs sont de petits animaux. Cette chaire est abritée
par un dais d'étoffe drapée, bordée d'un riche
galon et d'une frange, avec dorsal qui tombe par derrière.
II faut remarquer la richesse de cette chaire en comparaison de celle
dans laquelle Joseph est assis au sujet précédent, et
surtout- la présence du dais qui la surmonte ; l'artiste a
certainement voulu marquer la plus grande dignité de Marie,
et surtout la présence de Dieu qu'elle portait dans ses flancs.
Marie, une écharpe jetée sur sa chevelure toujours flottante,
méditait dans un livre encore ouvert sur ses genoux, lorsque
Joseph est venu la trouver. Celui-ci, accompagné de deux anges,
est humblement agenouillé, les mains jointes. Il a l'air confus
et plein de regret. Ses mains sont actuellement brisées : Marie
les lui prenait avec bonté pour l'engager à se relever.
A ses pieds sont sa besace et son paquet de voyage soigneusement ficelé
(2).
Les sujets
suivants (pl. LXXXV), sur la partie de la jouée dont les deux
côtés sont visibles, sont sculptés à double
face et peuvent être vus indifféremment de l'intérieur
et de l'extérieur, la face principale se trouvant vers l'extérieur.
3. La
Nativité de Jésus (fig. 204, I). – Au milieu d'une
masure demi pierre et demi bois, couverte en chaume et tombant en
ruines, au fond de laquelle est une mangeoire et un râtelier
rempli de foin, où mangent un bœuf et un âne (3),
l'Enfant Jésus, entièrement nu et environné d'une
auréole |
| Notes |
(1) Ce qu'on appelle aujourd'hui des
belvoisines.
(2) Ni saint Mathieu, ni la plupart des évangiles apocryphes
ne disent que Joseph s'est ainsi humilié devant Marie, ni même
que la Vierge a eu connaissance de ses soupçons; seule, l'Histoire
de la nativité de Marie et de l'enfance du Sauveur, fait dire
par Joseph à Marie : « J'ai péché, car
j'avais entretenu quelque soupçon contre toi » . C'est
d'ailleurs une tradition fort ancienne de le représenter ainsi,
et c'est avec raison que MM. Jourdain et Duval, nous ont montré
dès le XII° s., dans le portail Sainte-Anne de Notre-Dame
de Paris, Joseph dans cette posture d'humiliation et d'excuse. Dans
les vignettes des heures de Simon Vostre, ce sujet a pour légende
: Exurgens Joseph a somno accepit conjugem suam ». Matth., 1,
24. – Sur ces deux bas-reliefs, voy. RIGOLLOT, Essai historique
sur les arts du dessin en Picardie, dans Mém., de la Soc. des
Ant. de Pic., in-8°, t. III, p. 451 et Hist. des arts du dessin,
t. II, p. 240
(3) Sur la présence du bœuf et de l'âne, voy. JOURDAIN
ET DUVAL, op. cit., dans Mém. de la Soc. des Ant. de Pic.,
t. VII, p. 302. |
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lumineuse, est couché par terré sur
un peu de paille (1). Derrière lui, trois petits anges l'adorent
à genoux, les mains jointes (2). Marie joignant aussi les mains
et Joseph tenant un bâton de voyageur et une chandelle allumée,
sont agenouillés en adoration, aux côtés de l'Enfant.
Un berger, la tête couverte d'un chaperon, dont la pèlerine
est déchiquetée à lambeaux, s'approche chapeau
bas en s'appuyant sur sa houlette (3).
Fig. 204 Nativité. Adoration des Mages (Stalles)
(Jouée F 31 )
|
En dehors de l'étable, au milieu de la campagne, un autre berger,
chaussé de souliers et de bas qui retombent sur ses talons
(4), besace frangée aux reins, et chapeau sur la tête,
sa houlette à la main, entouré de ses moutons et de
son chien, regarde vers le ciel, la main levée, comme s'il
entendait et voyait |
| Notes |
(1) On n'a pas suivi a la lettre le texte
de l'Évangile : « Pannis eum involvit et reclinavit cura
in presepio, quia non erat eis locus in diversorio ». Luc, 11,
7.
(2) « Et Marie mit au monde un fils que les anges entourèrent
dés sa naissance, et qu'ils adorèrent disant Gloire
â Dieu dans les cieux, et paix sur la terre aux:hommes de bonne
volonté ». Hist. de la Nativité de Marie et de
la Naissance du Sauveur, XIII.
(3) Elle est brisée.
(4) Voy. le bas-relief n° 6, dans le haut dossier de la maîtresse
stalle 1. |
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quelque chose d'extraordinaire. En effet, sur l'autre
face du groupe, un ange descend du ciel tenant une longue banderole
(1). Du même côté, et dans la prairie plantée
d'arbres dont l'étable est entourée, deux autres bergers,
vêtus à peu près comme le premier, font paître
leurs moutons. L'un est debout, l'autre, assis par terre, joue de
la musette. Un chien est couché près d'eux (2).
4. L'Adoration
des Mages (fig. 204, 2). – Toujours le même édifice,
en ruines, à peu près comme dans le sujet précédent,
mais tourné d'une façon un peu différente, de
sorte que la mangeoire, devant laquelle étaient le bœuf
et l'âne, ne se voit plus, et qu'une suite d'arcades à
jour occupe le fond. Marie est assise, tenant l'Enfant Jésus
entièrement nu debout sur ses genoux. D'un geste qui manque
un peu de dignité, l'Enfant saisit à deux mains le superbe
hanap découvert qu'un des rois-mages lui présente à
genoux. Celui-ci porte une longue robe, dont le col droit et évasé,
fait penser au col dit « Médicis », et
dont les manches sont serrées sous les aisselles par un rang
de bouts de rubans, larges aux coudes, puis de nouveau serrées
et tailladées aux poignets. Il a une ceinture ornée
de pendeloques. Son chapeau ceint d'une couronne royale et surmonté
d'un motif de passementerie est posé à ses pieds. Remarquons
en passant la finesse avec laquelle sont traitées les mains
de ce personnage. Un autre roi-mage se tient debout derrière
lui, chaussé de très curieux souliers découverts,
avec bas tailladés à la cheville et retombant à
revers ou à bourrelets sous les jarrets (3); son vêtement
est une espèce de saie bizarrement drapée, munie d'un
capuchon terminé par un gland et relevé. La tête
enveloppée d'un mouchoir attaché sur le front par un
affiquet, il tient d'une main son chapeau à couronne royale,
et de l'autre son présent, malheureusement brisé. Son
visage rond, aux lèvres épaisses, au nez épaté,
son type si différent de celui des autres personnages, et,
de plus, son accoutrement un peu hétéroclite permettent
de reconnaître en lui le roi noir. Nous le croyons d'autant
plus volontiers que, dans une grande gravure de la Nativité
dans les heures de Simon Vostre, le roi noir porte presque absolument
le même costume. Le troisième mage se tient de l'autre
côté : souliers tailladés à` la cheville,
houppelande à larges manches et revers fourrés, bordée
par le bas d'un large galon, turban orné d'une couronne; il
se dispose à offrir à son tour un riche hanap couvert.
Joseph se tient par derrière, tête nue, un bâton
potencé à la main. Le revers du sujet ne figure que
l'extérieur de l'étable et le dos des personnages que
nous venons de décrire; l'étoile est absente.
5. Présentation
de Jésus au Temple et Purification de Marie (4). - Le Temple
est figuré par un superbe édifice en style Renaissance
avec pilastres sculptés, frises décorées,
frontons
à coquilles surmontés d'enfants nus jouant avec une
patenôtre. En avant, est un autel porté par quatre
petits piliers carrés, couvert de deux nappes frangées,
sur lequel Marie dépose l'Enfant Jésus |
| Notes |
(1) « Et pastores erant in regione
eadem vigilantes.... Et ecce Angelus Domini stetit juxta illos et
claritas Dei circumfulsit illos, et timuerunt timore magne. Et dixit
illis Angelus : Nolite timere, ecce enim evangelizo vobis gaudium
magnum ..... quia natus est vobis hodie Salvator » etc. Luc,
II, 8-11.
(2) A remarquer l'analogie entre cette Nativité et la manière
dont le même sujet est représenté dans les estampes
de la même époque, et notamment dans les:cures de Simon
Vostre, tant dans les vignettes des encadrements que dans les gravures
principales. L'édifice en ruines, l'Enfant Jésus nu
et couché par terre, Joseph tenant un bâton et une chandelle
allumée, les bergers, les anges dans le ciel, semblent de rigueur
dans toutes les Nativités de cette époque.
(3) Cf. les chaussures des bergers au sujet précédent.
(4) Luc, II, 22-39. |
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entièrement nu. Siméon le reçoit
dans ses bras sur une écharpe. C'est un vieillard barbu, en
costume sacerdotal : longue tunique, sur laquelle en est une autre
plus courte, frangée et serrée à la taille par
un cordon à glands; sur sa tête est un capuchon à
pèlerine, par-dessus lequel est posé un bonnet pointu
décoré comme une mitre. Joseph, dont la, figure est
fort belle, s'avance derrière Marie, tenant un objet que MM.
Jourdain et Duval ont pris pour une épée nue, mais qui
n'est autre chose que le cierge que, dans l'église catholique,
on porte à la cérémonie des relevailles, appelée
aussi « purification » (1), et que, par assimilation,
les artistes de l'époque faisaient presque toujours figurer
dans la scène de la Purification de Marie (2). De l'autre main,
Joseph tient un petit panier à anse fort curieux, rempli de
tourterelles ou de jeunes colombes. Au premier plan, une femme, en
longue robe, tête voilée, bourse à la ceinture,
s'avance comme si elle voulait parler. Serait-ce la prophétesse
Anne ? Par derrière, se tiennent trois autres personnages :
un homme en bonnet carré, et deux femmes, l'une coiffée
d'un bourrelet, l'autre vêtue d'une robe ouverte en pointe dans
le dos, manteau drapé sur une épaule, livre fermé
dans la main, la tête coquettement couverte d'un fichu qui fait
penser à certaines coiffures du XVIII° siècle. C'est
un des plus jolis de tous les groupes des stalles.
6. Au
droit : Siméon, vêtu comme ci-dessus, à demi agenouillé,
levant les mains, les yeux au ciel, comme s'il recevait une inspiration
d'en haut (3).
Au revers
: David debout, barbu, tête nue, foulant aux pieds sa couronne
et une espèce de draperie – est-ce un manteau ? –
souliers en bec de cane, bas retombant à revers, chausses collantes,
saie bordée d'un riche galon, fendue par devant, avec manches
évasées, bouillonnées aux épaules. Il
joue de la harpe et déroule une banderole muette.
Suivant
MM. Jourdain et Duval (4), le prophète Siméon représenterait
et les heureux enfants de Dieu qui sont les témoins de l'accomplissement
des promesses; le prophète David, tous ceux qui ont entendu
la promesse d'un sauveur, mais qui sont morts, dit saint
Paul, sans avoir reçu les biens promis de Dieu, les voyant
seulement et les saluant de loin ..... Siméon et David
sont à la fois la voix de Dieu qui annonce et la voix de Dieu
qui confirme la réalisation des biens annoncés »,
etc. (5).
7. Le
septième compartiment est veuf des deux statuettes qui faisaient
pendant aux deux précédentes. MM. Jourdain et Duval
(6) supposent qu'il devait être occupé par la prophétesse
Anne d'un côté, et, de l'autre, par un personnage de
l'Ancien Testament, Salomon peut-être ou Samuel.
Le long du montant de cette jouée, huit niches ont été
dépouillées des groupes et des statuettes qu'elles renfermaient,
par les vandales de 1839. Dans plusieurs on voit encore les chevilles
qui les maintenaient (7).
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| Notes |
(1) En 1395, le curé de Saint-Martin-au-Bourg
à Amiens avait refusé de recevoir une femme «
à purification..... pour ce qu'elle n'avoit point de cape noire
vestue, selon l'usage de ladite ville et diocèse d'Amiens ».
Arch. de la ville d'Am., AA 2, fol. 68.
(2) Cf. les Heures de Simon Vostre.
(3) « Responsum acceperat a Spiritu Sancto non visurum se mortem
nisi prius videret Christum Domini ». Luc, II. 26.
(4) Op. cit., dans Mém. de la Soc. des Ant. de Pic., t. VII,
p. 307.
(5) Hebr., XI, 2.
(6) Op. cit., P. 308.
(7) « II sera important, disent MM.. Jourdain et Duval (loc.
cit.), et non impossible, de reconnaître à l'aide des
textes sacrés et de l'usage qu'on en faisait au XVI° siècle,
les sujets enlevés et la manière de les rétablir.
Nous pouvons désigner dès maintenant l'Adoration des
bergers, les Mages découvrant l'étoile, se mettant en
route, paraissant devant Hérode, avertis par un ange de retourner
par un autre chemin. La Circoncision n'avait pas été
omise non plus. Nous en avons pour preuve un dessin levé il
y a quelques années et encore existant. Ces conjectures s'établissent
d'ailleurs sur la connaissance et par l'étude des sculptures
analogues pour l'époque et pour le choix et l'ordonnance des
sujets ». Je ne sais ce qu'est devenu le dessin dont parle MM.
Jourdain et Duval. Dans le tome III des Monuments anciens et modernes
de Gailhabaud, publié en 1870, il y a de mauvais dessins des
stalles de la cathédrale d'Amiens, qui paraissent antérieurs
à 1839. Parmi eux se trouve un dessin de la face extérieure
de la jouée qui nous occupe avec son imagerie au complet mais
trop mal dessinée pour que l'on puisse reconnaître ce
qu'elle représente.
En 7, est un personnage symétrique a celui qui occupe le n°
6; en 8 et 9, deux personnages isolés, debout; enfin, sur le
montant à droite du spectateur, un groupe représentant
un prêtre entre deux personnages lui présentant un enfant
nu. Ce pourrait bien être la Circoncision. |
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| Les sujets sculptés sur ce panneau sont extrêmement
remarquables de composition et d'exécution; et peuvent compter
parmi les meilleurs de toutes les stalles : il y a des expressions
de figures des plus variées et des plus vraies ; tout y est
traité avec une grande perfection. On ne peut même
pas faire un crime aux artistes de ne pas y avoir mis toute la gravité
désirable, de les avoir compris comme on les comprenait de
leur temps, d'une façon toute différente de celle
dont on les traitait au XIII° siècle, tant il y a de
charme, d'abandon et de pittoresque dans ces scènes qu'ils
ont su rendre familières et touchantes, sans sortir de la
convenance exigée par la grandeur des sujets. Là encore
ils ont montré leurs qualités toutes françaises.
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